Nick Abadzis - Laïka (2007)

Publié le par Soleil Vert - Herveline

Nick Abadzis - Laïka (2007)Quatrième de couverture
Laïka est le chien abandonné qui fut le premier voyageur de l'espace.
Ce livre raconte son voyage. Nick Abadzis narre de main de maître ce destin à travers trois histoires combinant fiction et faits avérés. L'histoire de Latka est bien sûr la plus incroyable et émouvante, mais celle de Korolev, l'ingénieur en chef du programme spatial soviétique, est tout aussi étonnante. Passé par le goulag, le scientifique parviendra à remplir la mission impossible fixée par Khrouchtchev : gagner la course à l'espace contre les Américains.
Quant à Yelena, technicienne du laboratoire en charge de la vie et de la santé de Laïka, elle est la touche d'humanité, le lien entre la science froide et implacable et cette petite chienne appelée à un destin bien plus grand qu'elle.

Gifsv25.gifCoup de coeur ! Un roman graphique émouvant jusqu'aux larmes !!!
Souvenez-vous, c'était en 1957. La course aux étoiles avait démarré. C'était,
entre les russes et les américains, à qui enverrait le premier son satellite en orbite. Vainqueur de cette première manche, Khrouchtchev n'entend pas en rester là. Il faut enfoncer le clou et quoi de mieux que le 40e anniversaire de la révolution bolchévique pour concrétiser la supériorité communiste. Il ne reste donc qu'un mois pour tenir le pari, mais surtout, il ne faut pas se contenter de reconduire le même exploit, non, il faut un plus, il faut envoyer un être vivant dans l'espace. Ainsi fut scellé le destin de Laïka.
Cette histoire, moi je m'en souvenais, un peu, je n'étais pas née, mais à la maison, l'espace ça a toujours passionné mes parents. Alors, Laïka, je savais qui elle était. Mais en lisant son histoire, je ne m'attendais pas à certaines révélations. Si Nick Abadzis enrichit son scénario en romançant les premiers pas de la petite chienne, d'abord aimée, puis donnée, abandonnée, errante et enfin récupérée par les laboratoires scientifiques de la recherche spatiale, tout le reste est un témoignage poignant de tranches de vie. Celle de l'animal, soumis à tous les tests inimaginables et retournant chaque soir dans sa cage, celle de son maître chien, Yelena, assistante vétérinaire (personnage inventé, mais qui symbolise la part d'humanité que certains scientifiques, espérons-le, auraient pu avoir au fond d'eux), qui luttera jusqu'au bout pour cacher l'attachement né de la proximité de la chienne, celle de Korolev, oeuvrant dans l'ombre pour se racheter une réputation, lui, accusé faussement de trahison et qui passa par le goulag. Il y a aussi Oleg Gazenko un des responsables de la mission, qui fera son mea culpa en 1998, et dont on devine qu'il n'est pas dupe de l'amour que porte Yelena à Laïka mais qui reste impuissant devant les exigences du régime.
Dans ce mélange de politique, d'Histoire, de sciences,
des tas de sentiments contradictoires se partagent votre cœur à la lecture de ce récit. On a l'impression de revivre une grande aventure humaine et en même temps, ramenée à l'échelle canine, on souffre, on compatit, en se rebelle pour la chienne à qui, sous couvert d'avances scientifiques on fait subir le pire des destins. Un aller sans retour.
Le temps manque, évidemment, un mois, c'est trop peu. Si les missions suivantes qui ont de nouveau utilisé des chiens cosmonautes, prévoyaient le retour des capsules sur Terre, il n'en n'a pas été de même pour Spoutnik 2 et Laïka, malheureusement, était voué à la mort. Sans doute, ce qui m'a le plus marqué, c'est d'apprendre qu'on avait fait croire au monde entier, qu'avant de s'éteindre, la chienne avait fait au moins 4 orbites autour de notre planète. Belle patte que ça lui a fait, à elle qui, en réalité, n'a vraisemblablement par survécu plus de 5 heures au stress, à la surchauffe et au confinement mêlés. Et de découvrir aussi que ce laps de temps, trop court, n'aura en définitive rien apporté à la science. Un sacrifice devant lequel le monde entier s'est rebellé à l'époque, et plus de 50 ans après, moi-même, j'ai versé ma larme.
Voilà, ainsi s'achève cette chronique qui fut assez douloureuse à écrire, en fait, parce que l'histoire dont elle découle l'était aussi. Et je ne peux m'empêcher de vouloir rendre hommage à cette petite aboyeuse, Laïka la sus-nommée, la vraie et en musique.

Nick Abadzis
Laïka
(Dargaud)

9782205061918

Mots-clés : chien, communisme, conquête spatiale, expériences scientifiques, historique, Russie

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