Lundi 22 mars 2010
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Quatrième de couverture
"Avant les mots, le monde était plus simple. Je regrette d’avoir appris à parler."
Été 1986. Un soleil de plomb s’abat sur la petite ville de Traumstaat. Comme beaucoup d’enfants de leur âge, les frères B., Thomas et Raymond, trompent leur ennui et leur quotidien en s’inventant
des mondes imaginaires dans lesquels, parfois, sont conviés leurs amis. Plus tard, bien plus tard. Un vieillard interné dans un hôpital psychiatrique est contraint par sa thérapeute de mettre par
écrit ses souvenirs. De se rappeler pourquoi il a commencé à séquestrer, violer, torturer et tuer des femmes. De se rappeler comment il est devenu un monstre.
Argumentaire éditorial
Frédéric Jaccaud, né en 1977 à Lausanne, est titulaire d’une licence ès Lettres. Depuis 2005, il publie régulièrement des articles critiques sur les littératures de genre dans différentes
revues et tient une chronique régulière sur des oeuvres oubliées traitant de voyages imaginaires, d’utopies et de science-fiction. Conservateur en charge des collections du musée de la Maison d’Ailleurs.
Un premier roman choc, d’un jeune auteur suisse qui se réclame tant des grands auteurs américains contemporains (Vollmann, Pynchon) que d’un Houellebecq.
Une thématique, le tueur en série, toujours extrêmement accrocheuse, traitée ici avec une profonde originalité : ledit tueur, dans un futur indéterminé, se rappelle son passé tout en le
reconstruisant.
Un texte « générationnel », dont les références culturelles (jeux de rôle, comics, jeux vidéo…) sauront directement parler aux lecteurs trentenaires.
Un pitch situé – involontairement, l’auteur ne les ayant pas lus – à l’exacte intersection de deux des mangas les plus lus ces dernières années, Monster et 20th Century Boys de
Naoki Urasawa.
Cet argumentaire, en plus de concerner une collection transgenre que nous
affectionnons beaucoup, nous a poussé à lire en avant première ce livre. Il est toujours appréciable de découvrir de nouveaux auteurs dans nos univers et francophones qui plus est.
Malheureusement, je n'ai été que moyennement convaincue. D'habitude, dans ce cas, nous préférons contourner la chronique, mais comme nous avions mis ce titre en avant, par curiosité et intérêt
pour la ligne éditorial d'Interstice, je me sentais obligée de revenir vers vous pour vous en parler.
Qu'en est-il donc de ce Monstre ? Justement sous-titré : une enfance.
Voilà une oeuvre assez difficile à chroniquer. Il y est d'abord question de l'enfance une bonne partie du roman. Celle d'un groupe d'abord, puis celle d'un individu en particulier, confronté aux
aléas de la vie : un camarade qui s'accidente bêtement au bord d'une piscine, un grand frère qui se désintéresse des jeux de son enfance pour regarder les filles, une mère obligée de se
prostituer pour faire vivre sa famille et ce gosse, Thomas, dont on ne sait s'il est retardé, ou simplement incompris, qui vit dans ses scénarios de jeux de rôle et ces revues pornos et qui
semble ne pas tellement vouloir voir les autres grandir autour de lui. Tout ceci raconté par un vieillard sans âge, ayant assassiné plusieurs femmes, et qui joue au chat et à la souris avec sa
thérapeute, dans un futur proche des plus flous.
J'ai abordé ce livre en toute confiance mais au-delà de la moitié, j'ai commencé à voir mon intérêt décliner. Le problème, selon moi, c'est qu'il y a trop de non-dits, trop de zones d'ombre ou
trop d'omissions pour accepter qu'une enfance somme toute assez banale* puisse faire basculer un être aussi radicalement (*en tout cas pas des plus traumatisantes, sauf si j'ai raté quelque chose, et c'est possible puisque des fois mon attention n'était plus entièrement
mobilisée... j'ai cru lire le mot "inceste" à un moment, je suis retournée quelques pages en arrière sans rien trouver qui s'y rapporte "clairement"...).
Néanmoins, c'est le personnage de Thomas, l'enfant, qui touche vraiment le lecteur et quelque soient les tenants et les aboutissements de son histoire, heureusement que son enfance est là pour
nous captiver. Tous les autres ne sont pas assez développés. Le plus déroutant ce sont ces ellipses dans ce futur/présent aux descriptions extrêmement minimalistes où des personnages
improbables interfèrent avec le narrateur. Il y a à mon goût trop de choses à décoder, trop de
messages subliminaux. Et s'il n'y en a pas, alors je reste perplexe quant au choix de certaines atmosphères. Je ne comprends pas par exemple ce choix de présent futuriste à peine décrit.
Quel intérêt, en effet, à placer son histoire dans un futur proche si c'est juste pour nous dire qu'il y est interdit de fumer et qu'il pleut de la cendre ? Je ne comprends même pas le nom de la
ville imaginaire, "Traumstaat" (ville de rêve), elle m'a l'air au contraire très réaliste. Ensuite, il est dit dès la quatrième de couverture que l'on a affaire à un tueur en série - une liste de
femmes est petit à petit effectivement énoncée - mais si la première (dernière) de la liste est si évidente, en quoi est-elle différente d'un simple crime lié à la jalousie... Alors qui sont ces
autres femmes, qu'ont-elles fait pour apparaître sur un tableau de chasse ? Est-ce que la folie d'un homme, si folie il y a vraiment, justifie qu'on en dise si peu ? Si certains dialogues sont savoureux d'autres ne font qu'effleurer des sujets qui auraient mérité d'être un peu plus explicites,
surtout quand pour finir, la thérapeute y va de son doute quant à la potentialité de monstruosité de son patient. Pirouette bizarre alors qu'elle semble liée de bien plus près qu'il n'y parait à
ce monstre. Bref, j'ai un peu survolé la fin et suis restée sur ma faim. Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris ou qu'on m'ait donné vraiment envie de comprendre. J'en suis fort désolée parce
que j'ai eu un réel plaisir à lire certains passages et notamment ceux qui ont déclenché une pointe de nostalgie adolescente, (et là seulement je rejoins l'argumentaire de Calmann-Lévy)
mais ce n'est pas suffisant pour rendre ce roman incontournable, dommage.
Pour découvrir la collection Interstice, préférez une autre parution récente (une réédition en fait) : Faux-semblants de Jack Geasland et Barry Wood , livre basé
sur un fait divers que David Cronenberg a adapté au cinéma en 1988.
Frédéric Jaccaud Monstre [une enfance]
(Interstices, Calmann-Levy)
Mots-clés : enfance, folie, thérapie, futur proche, tueur en
série
L'AVIS DES LECTEURS