Robert Merle - Les hommes protégés (1974)

Publié le par Herveline

Robert Merle - Les hommes protégés (1974)Quatrième de couverture
À la suite d'une épidémie d'encéphalite qui ne frappe que les hommes, les femmes les remplacent dans leurs rôles sociaux, et c'est une Présidente, Sarah Bedford, féministe dure, qui s'installe à la Maison-Blanche. Le Dr. Martinelli, qui recherche un vaccin contre l'encéphalite, est enfermé avec d'autres savants à Blueville, dans une « zone protégée » qui les tient à l'abri de l'épidémie mais dans un climat de brimades, d'humiliations et d'angoisse. Martinelli acquiert vite la conviction que son vaccin ne sera pas utilisé, du moins sous l'Administration Bedford. C'est paradoxalement chez les femmes qu'il trouvera ses alliées les plus sûres et par les femmes qu'il sera libéré. Mais, une fois Bedford remplacée à la Maison-Blanche par une féministe modérée, Martinelli saura-t-il s'adapter à une société où les hommes ne jouent plus qu'un rôle subalterne ?

Gifsv25.gifAprès avoir dénoncé les dérives militaires et l'exploitation de ces pauvres dauphins dans son thriller SF Un animal doué de raison, après s'être essayé à la science-fiction post-cataclysmique avec Malevil, voilà que Robert Merle, l'auteur également de la saga historique Fortune de France à propos de nos chères têtes couronnées, signe une dystopie des plus alléchantes, suspectes, comiques parfois, qui ravira la gente féminine, peut-être un peu moins les mâles phallocrates, quoi que...
D'abord, disons-le, Robert Merle était un grand auteur. Décédé en 2004 à l'âge de 95 ans, la littérature française lui doit beaucoup. Et ses incartades dans l'univers de la SF et de la politique-fiction sont absolument incontournables pour les amateurs de ces genres.
Mais revenons à ces chers Hommes protégés. Qui sont-ils ? Des "entiers", autrement dit des hommes qui n'ont pas sombré dans la folie de la castration pour survivre à l'épidémie. En effet, un virus ravage la gente masculine, du moins ceux qui sont déjà pubères pour les plus jeunes et encore actifs pour les plus âgés. De plus, ce sont pour la plupart des scientifiques, des chercheurs, qu'il faut donc extraire au risque de contamination pour leur permettre de trouver le vaccin à cette mystérieuse encéphalite 16. Seulement voilà, cette pandémie est aussi le prétexte d'une prise de pouvoir de la part des femmes.
Les bonnes ménagères cantonnées à leur cuisine, les secrétaires effacées, les épouses soumises, toutes ont à revendiquer leurs compétences, leurs capacités, leur intelligence, leur légitimité au sein d'une société qui a fait de l'homme celui sur qui tout repose. Il est homme d'affaire, banquier, policier, médecin. Les femmes aussi mais elles restent bien à l'évidence dans l'ombre. Rien d'étonnant à ce que ces dames, maintenant libérées du joug phallocrate, arrogant et misogyne, se révèlent à la lumière. Mais ce postulat n'est pas sans conséquences, ni sans abus. Comme Pierre Boule dans la Planète des singes ou George Orwell dans la Ferme des animaux, l'opprimé devient souvent le bourreau et il en va ainsi aussi pour Les Hommes protégés. Les femmes ont pris le pouvoir, certes, mais sous quelle forme ? Des ultra-féministes endurcies prônant la misandrie et n'ayant plus qu'un but : la disparition de la population masculine. Dans ce monde devenu totalitaire, un homme (quelle ironie) va devenir la clé d'un avenir meilleur. Lui seul peut trouver le vaccin salvateur. Mais pour l'intérêt de quel camp ? Celui des femmes ? Celles au pouvoir n'ont sûrement pas intérêt de voir ressurgir les hommes... Celui des hommes ? Bien sûr, mais comment reprendre les rênes lorsqu'eux même ne sont plus qu'une espèce en voie de disparition ? L'alternative existe évidemment. Pondérée, elle remettra un peu d'ordre dans tout ça mais à quel prix ?
Robert Merle réussit un mélange savant de réflexions politiques, éthiques, sociologiques. La sexualité et les rapports hommes-femmes tiennent évidemment une place prépondérante dans son récit. Et il en va de même pour le racisme, l'exclusion, la discrimination, la génétique, le fanatisme et l'extrémisme. L'utopie des unes faisant le malheur des autres. Autant de sujets graves qui pourtant aux travers des faits et gestes de son héros, paraîtront parfois drôles, grotesques mais non dénués de fondements. En tant que femme, je n'ai pas tenté pourtant de trop "sexuer" cette chronique. Mais par curiosité, lisez aussi la chronique de Jean-Pierre Andrevon sur Noosfere. Une critique masculine tout à fait honorable dont les remarques finales sont très intéressantes et sur lesquelles, j'avoue je le rejoins peut-être aussi un peu...

Commander au 0466741186  Robert Merle
Les hommes protégés
(Folio)

9782070381463

Mots-clés : dystopie, féminisme, femmes, racisme, société matriarcale, science-fiction, totalitarisme, virus

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Spooky 13/10/2010 12:30



Ce bouquin t'a inspirée Herveline... je ne connais pas l'oeuvre de Robert Merle, je vais voir si je peux me trouver malevil par exemple...



pascalou 12/10/2010 15:03



Un des meilleurs livre que j'ai lu.


Sans parler de Malevil, LE livre qui m'a rendu accroc au monde merveilleux de la "SF"



Herveline 13/10/2010 07:41



Ah oui ? ça fait plaisir. Il faut que tu lises maintenant Un animal doué de raison, si ce n'est pas fait. Une politique-fiction basée sur des recherches véridiques autour des
possibilités de communication avec les dauphins mais dont la finalité ici est de les utiliser comme des armes militaires. Emouvant, dur, cruel et politiquement encore très engagé.