Photos et résumé - Polar et criminologie (Avril 2012)

Publié le par Librairie Soleil Vert

TR2012glob1De gauche à droite : Daphné Arthomas, Boris Verrières, André Fortin, Ingrid Desjours, Dominique Manotti, Dominique Guégan (modératrice)

Ci-dessous, un contre-rendu de cette rencontre passionnante.

  Voir le programme et la présentation des intervenants

  Voir l'illustration de la rencontre réalisée par Thomas Balard

  Découvrez en fin d'article les conseils littéraires et télévisuels de nos intervenants

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Cette année, la rencontre a réuni plus d'une quarantaine de personnes. Un grand succès qui se confirme d'année en année.

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Daphné Arthomas de la Gazette de Nîmes nous a expliqué la manière journalistique de traiter les faits divers. Dépendants du secret de l'instruction, les journalistes sont souvent obligés d'aller piocher des éléments par leurs propres moyens. Boris Verrières, capitaine de police à la brigade criminelle, confirme que les données directement liées aux enquêtes et connues des seules parties que constituent la police et les éventuels coupables doivent obligatoirement restées confidentielles. Les médias doivent donc chercher à aborder l'information par des angles de vue différents s'ils veulent capter le public et éviter de le lasser par des discours redondants qui n'apportent rien ou pire, par manque de "sources sûres", désinforment. L'exemple est pris de Mohammed Mehra, meurtier abattu dernièrement par le RAID. Ce jour là Mehra serait mort "plusieurs fois".
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André Fortin, magistrat, juge d'instruction et ancien juge pour enfant, expose les différentes procédures du suivi des enquêtes mais dénonce aussi les dérives et les luttes de pouvoir y compris au sein de la magistrature. A l'instar de Dominique Manotti qui évoque celles de la police en prenant un exemple précis (sujet de son roman Bien connu des services de police). Elle se défend évidemment d'attaquer l'institution policière dans son ensemble mais met le doigt sur des exactions qui existent et qui ne doivent pas être tues. Boris Verrières n'a jusqu'à présent pas été confronté à ce genre de problème et redoute que l'effet de loupe du roman de Dominique Manotti ne vienne donner une image négative globale de la police. Il reconnaît néanmoins et à juste titre, que dans un quotidien qui n'est pas toujours simple, chacun se serre les coudes et se soutient d'autant que leur travail n'est pas un job individualiste mais bel et bien un travail d'équipe. Quand on lui demande ce qu'il fait en rentrant chez lui après une journée passée à la crim' : "Je bois." Plaisante-t-il. Rire du public.
desjours1Avec Ingrid Desjours, sexo-criminologue, on évoque la partie psychologique du débat. Son expérience en Belgique sur des cas de pédophilie démontre bien la difficulté du jugement et de la réinsertion ou non de certains sujets. La part de perversité de certains n'étant pas à attribuer systématiquement à la maladie. Leur capacité intellectuelle à manipuler et à être plus "psychologue" que le psychologue, leur donnent une emprise lors des entretiens qui peut dérouter leur interlocuteur. Ceux-là restent néanmoins très rares. Au-delà de ça, l'expérience d'Ingrid Desjours nourrit en profondeur ses romans. Au risque de voir en Garance Hermosa, son héroïne, son parfait alter ego, ce qui tendrait à faire croire qu'Ingrid Desjours est particulièrement torturée, elle n'hésite néanmoins pas à donner d'elle-même. Jusqu'à s'inspirer d'un fait réel auquel elle a été confrontée et dont le dénouement fut  malheureusement tragique. Dans Echo, elle offre une résolution, fait un pied de nez à la fatalité et s'octroie la possibilité de se libérer de cette expérience douloureuse. André Fortin, qui met en scène un juge d'instruction, dans une série initié par Un été grec, s'interdit à contrario d'évoquer des affaires qu'il a couvertes même en les masquant par de faux noms, faux lieux etc.
manotti1Dominique Manotti, historienne et ancienne militante syndicale, quant à elle, puise son inspiration dans l'actualité. Partant d'un fait divers, elle recueille le plus de documentation à la fois pour voir comment l'information est traitée et complétée ou au contraire complètement délaissée, voire banalisée. L'accumulation de ces recherches peut prendre plus d'un an. Très investie socialement, ces romans noirs viennent appuyer les dire d'André Fortin qui dissocie dans le crime l'inné et l'acquis. L'innée étant lié à la personne intrinsèque et l'acquis serait ce qui peut rendre un individu malade, délinquant etc. Ainsi la société actuelle peut être génératrice de criminels. Mais Dominique Manotti évoque également un système corrompu dont le premier crime consiste à amasser des sommes considérables par des actionnaires peu scrupuleux et à partir duquel découlent par effet de domino descendant toutes sortes de malaises sociaux pouvant engendrer crimes et trafics en tout genre. Et dans un effet pervers, ces derniers viennent nourrir les premiers. Elle trouve d'ailleurs incroyable qu'en France, on ne sache pas comme aux Etat-Unis assumer certaines de nos dérives.
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La rencontre a été ponctuée de références télévisuelles, cinématographiques ou littéraires. Voici les conseils de nos intervenants.

Daphné Arthomas
- 38 témoins. Film de Lucas Belvaux qui parle de l'"effet témoin" : comment 38 personnes témoins d'un crime n'ont pas réagi. (Note de Soleil Vert : un livre, dont ce film pourrait bien être inspiré, a été traduit en début d'année chez Actes Noirs, De bons voisins, de Ryan David Jahn fait référence à un fait divers réel du même genre ayant eu lieu dans les années 60.)

- Tout, tout de suite. Roman de Morgan Sportes inspiré par l'affaire du gang des barbares.

Boris Verrières
- L 627. Film de Bertrand Tavernier sorti en 1992 qui dépeint avec réalisme le quotidien d'une brigade des stups.

Ingrid Desjours
- R.I.S. . La série TV dont elle est scénariste.

Dominique Manotti
- La griffe du chien. Roman de Don Winslow. Une oeuvre incontournable sur le trafic de drogue et l'hypocrisie de mise à la fois de la part des Etats-Unis et du Mexique pour le combattre.
- (avec André Fortin) De sang froid. Roman de Truman Capote. Publié en 1966, ce récit relate un fait divers de 1959 : deux jeunes truands tuent, sans mobile apparent, quatre membres de la famille d'un fermier. Capote, tombant sur l'article traitant de ce crime, décide de relater cette histoire avec la plus grande précision.
- Sur écoute (The wire). Série TV américaine qui a pour sujet la criminalité dans la ville de Baltimore, à travers la vision de ceux qui la vivent au quotidien : policiers, trafiquants en tous genres, politiques, enseignants, journalistes, résidents de Baltimore, etc.

Remerciements : à la mairie de Calvisson, à la communauté de communes de Sommière et à la Région Languedoc-Roussillon qui nous subventionnent. A l'équipe de la médiathèque qui nous accueille. A Thomas Balard, illustrateur, qui nous a encore (c'est lassant ) fait une superbe affiche. L'année prochaine, promis, il dédicacera ses affiches.

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charnot lucile 16/04/2012 17:28


Félicitations pour cette table ronde et la qualité des participants. J'ai apprécié particulièrement la recherche de la vérité dans les propos des romanciers.

Herveline 16/04/2012 18:41



Merci Lucile. On en reparlera quand vous passerez. Cordialement.



Spooky 16/04/2012 16:30


Excellent compte-rendu, en effet. Je ne suis pas un spécialiste du polar, mais ça donne envie de participer à ces rencontres :)

Herveline 16/04/2012 18:39



Merci Spooky. On a déjà une idée pour l'année prochaine avec un sujet mêlant polar et fantatsique. On en reparlera. Bise



Oncle Paul 16/04/2012 11:51


Bonjour


Excellent reportage qui donne des regrets de ne pas y avoir pu participer. Bonne continuation

Herveline & Dom 16/04/2012 12:04



Merci Paul. D'autant que tout est de mémoire. Aucunes notes prises. Mais ils nous ont tous tellement captivés que je (Herveline) me suis même épatée d'avoir tant retenu . Quant à ta présence un jour, nous sommes sûres que cela pourra s'envisager.