Michel Imbert - Les disparus du Laogaï (2010)

Publié le par Soleil Vert - Dominique

LaogaiQuatrième de couverture
Pékin, 1953. Alors que les soldats démobilisés errent dans les rues, bardés de blessures et de médailles, et fêtent l'armistice de la guerre de Corée, le docteur Kou est appelé sur les lieux d'un crime atroce. Dans un bordel clandestin, treize personnes ont été égorgées. Très vite, le docteur Kou est arrêté, accusé du crime et envoyé dans un laogaï, le goulag chinois. Alors que son neveu enquête pour l'innocenter, le matricule 88 se lie d'amitié avec Liu Mahu, un jeune cadre du parti arrêté et convaincu de droitisme. Dans des conditions de survie précaires, Liu parvient à élucider le mystère que représente la disparition de sacs de grains et devient l'homme de confiance de Wu bec de canard, l'un des responsables du camp. Mais bientôt, d'autres disparitions, humaines celles-là, terrifient les campards... Entre 1953 et 1972, ce roman nous fait revivre dix-neuf ans de la vie quotidienne des Chinois sous Mao, du Grand Bond en avant à la Révolution culturelle, depuis le bagne des communistes chinois, les terribles laogaïs où l'on affame et rééduque, roue de coups et exploite une main-d’œuvre corvéable à merci.

Gifsv25.gifMichel Imbert est un vrai spécialiste de la Chine depuis les années 50 à nos jours. Il en connaît l’histoire, la sociologie et les coutumes, et avait déjà publié une série de romans situant leur action au cœur de l’Empire du milieu aux éditions de l’Aube sous le pseudonyme de Mi Janxiu (voir notre chronique de Lotus et bouches cousues).
Dans Les disparus du Laogaï l’histoire du Docteur Kou, accusé à tort d’une tuerie monstrueuse et déporté dans un camp de prisonniers paraît tout à fait crédible. On imagine sans peine les milliers d’arrestations arbitraires, le couperet impitoyable d’une justice expéditive et les enfermements ou exécutions sommaires qui jalonnèrent l’exercice du pouvoir dans la Chine de Mao. Dans les années 50 où se situe l’action de ce roman, la Chine a porté Mao au pouvoir mais elle est encore hantée par les rivalités nées de la guerre avec les Nationalistes de Chang Kai Check. La Révolution doit « corriger » les mentalités et punir les traîtres ou les criminels.
C’est un peu la raison d’être de ces Laogaï, véritables camps de concentration. Le roman décrit à merveille la cruauté, la misère, le froid et la famine régnant dans ces sinistres prisons. Tantôt on doit travailler aux champs, tantôt on doit jeûner car il n’y a rien à manger, et parfois on doit chasser les mouches, ordre du Parti, car elles ont été jugées contre-révolutionnaires !
On y soupçonne même les pires trafics, parfois au nom de la science… Comment, dans ce contexte, le Docteur Kou et ses nouveaux amis vont-ils réussir à survivre ? Le lecteur lui, se demande aussi si la justice sera accomplie un jour et si le véritable coupable dont on connaîtra rapidement dans le livre l’identité finira par payer pour ses crimes en lieu et place du pauvre Docteur Kou. Peut être que la solution viendra de son neveu, qui ne pense pas une seconde à la culpabilité de cet oncle honnête, ou peut-être qu’il faut tenter de fuir…
A la minutie des connaissances et des descriptions, se mêle la finesse d’une intrigue qui nous dira si malgré l’absurdité et la cruauté d’un système, quelques individus peuvent faire triompher la justice et la vérité.
On peut regretter que les sentiments et les émotions ne tiennent pas une plus grande place dans l’étude des personnageillustrationLaogais, et l’on aurait aimé que ceux-ci se livrent plus, ce qui les aurait rendus encore plus attachants, mais cette histoire, en plus d’une enquête bien menée nous apporte un réel éclairage sur cette Chine à la fois inquiétante et fascinante.

A noter, Michel Imbert possède aussi des talents de dessinateur, et il a eu la bonne idée de jalonner son livre d’illustrations, et je ne résiste pas au plaisir d’en insérer une ici.



Michel Imbert
Les disparus du Laogaï
(Rouergue Noir)

9782812601491

Mots-clés : camps, Chine, enquête, historique, laogaï, Mao, meurtre, polar, terreur

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