Maxime Chattam - Léviatemps (2010)

Publié le par Herveline

Maxime Chattam - Léviatemps (2010)Quatrième de couverture
Paris, 1900.
Guy de Timée, romancier à succès, vit pourtant dans les combles grinçants d’une maison close. Du jour au lendemain, il a tout plaqué. Femme, enfant, amis, réussite, il n’a plus supporté la pression, celle de réussir par tous les moyens, celle d’écrire ce qu’on attend de lui. Il a décidé de se lancer dans un roman policier qui plonge dans les bas-fonds de la civilisation, de ce Paris que le monde entier admire.
Il veut être confronté au sang et à la violence. A la mort, qu’il appelle de tout son être. Elle va surgir au milieu de la nuit en la personne de Milaine, jeune prostituée du lupanar, assassinée dans des circonstances particulièrement étranges. Et si elle n’était pas la première ? Qui rode dans les rues de la capitale, dans l’ombre de l’Exposition Universelle ? Quel est le sombre dessein de ce tueur de femme, qui ne laissera bientôt derrière lui que des costumes de peau ? En compagnie de la mystérieuse Faustine, de l’inspecteur Perotti et d’Yoshito, un Japonais impressionnant, sumo déshonoré, Guy va tenter de le découvrir… Des cercles ésotériques de Paris aux merveilles de l’Exposition universelle, ils vont peu à peu mettre à jour un terrifiant secret, celui qui fascine tout homme depuis la naissance de la civilisation : le contrôle du temps.

Gifsv25.gif1900, c'est l'année charnière que Maxime Chattam a décidé d'utiliser pour son dernier roman policier. Moins thriller que roman d'enquête, il nous projette à l'aube du XXe siècle dans un Paris en effervescence qui accueille cette année-là l'Exposition Universelle. C'est durant cet évènement qu'un tueur en série décide de sévir. Mais comme il est hors de question de créer la panique, la police se révèle bien passive. La résolution du mystère qui entoure les meurtres reposera donc sur les épaules de deux détectives amateurs, un écrivain en manque d'inspiration et une fille de joie, et d'un policier plus consciencieux que ces collègues.
Léviatemps est un roman à multiples facettes. Il joue sur plusieurs codes du polar et s'y emmêle. Pas totalement un thriller, parce que finalement pas si angoissant que ça. Les crimes sont sauvages, certes, et le dénouement à la très intéressante symbolique quelque peu grand-guignolesque. Mais la grande majorité du roman réside plus en la manière dont nos héros vont tenter de résoudre l'affaire : déduction, profilage avant-gardiste, psychologie, graphologie etc... Ce n'est évidemment pas sans rappeler un certain Aliéniste de Caleb Carr. Les personnages flirtent aussi avec une catégorie littéraire qu'on appelle communément les détectives de l'étrange très populaires dans les romans feuilletons de la fin du XIXe siècle et que certains auteurs actuels (Bourland, Philippe Gindre ou Estelle Valls de Gomis) aiment encore faire vivre. La scène de spiritisme est particulièrement sympathique.
Maxime Chattam nous balade d'une piste à l'autre, n'hésitant pas à remettre en question tous les processus de réflexion de nos détectives amateurs : après tout ils tâtonnent, expérimentent et se trompent parfois. C'est peut-être un des points qui pêchent dans Léviatemps. Quand on s'aventure dans un roman à énigme, il faut que le lecteur puisse quand même être un minimum impliqué, que des indices lui soient un tant soit peu accessibles. Du coup le final apparaît bien évidemment, tel un excellent thriller, totalement inattendu, du moins pour ce qui est des motivations du tueur, mais il y a quelque chose de frustrant à ne pas avoir pu participer à l'élaboration de la vérité.
Néanmoins, la sympathie qu'inspirent les personnages, tant cet écrivain en rupture avec son passé et que cette belle et intelligente prostituée Faustine, mais aussi tous les seconds rôles, impose le plaisir de la lecture. De plus, l'atmosphère des ces années 1900 se savoure avec délice. Bien sûr, une bonne partie de l'intrigue se situe dans les bas-fonds de Paris, un Paris qui rappelle inévitablement le Londres de Jack l'Eventreur que seulement dix ans  séparent des évènements de Léviatemps. Pauvreté, prostitution, mais aussi toute cette vie quotidienne riche des métiers oubliés y sont mises en avant pour créer un décor ultra réaliste et extrêmement bien planté. Ce qui nous amène à une ultime facette du roman : le polar historique. Seul regret, des passages trop brefs dans l'Exposition Universelle. Manque de documentation ou envie de ne pas trop alourdir son texte, il est juste dommage qu'une étude graphologique de quelques mots écrits par le tueur prenne plusieurs pages, et qu'en deux paragraphes le tour de l'Expo soit bouclé. On aura quand même eu un petit aperçu de l'entrée, des pavillons britanniques et sénégalais, du tapis roulant, ainsi qu'une allusion brève au Vieux Paris, dont voici quelques photos ci-dessous en bonus.
Malgré donc les quelques maladresses, complètement subjectives citées plus haut, ce dernier Chattam est très, très plaisant.

Commander au 0466741186  Maxime Chattam
Léviatemps
(Pocket thriller)

9782266207041

Mots-clés : 1900, enquête, ésotérisme, Exposition Universelle, Paris, profilage, thriller, tueur en série

Bonus

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L'entrée de l'expo, place de la concorde
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Le pavillon britannique
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Le pavillon sénégalais
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Le tapis roulant
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Le Vieux Paris

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Spooky 30/11/2010 22:00



Assez d'accord avec toi Herveline. Chattam se perd un peu dans son intrigue touffue, s'attardant un peu trop sur certaines séquences et négligeant un peu le décor, tout simplement fantastique...
Un problème de dosage, que la qualité de l'écriture vient heureusement contrebalancer pour nous livrer un bouquin tout de même plutôt sympa.