Ken Greenhall - Des tueurs pas comme les autres (1977)

Publié le par Dom/Herveline

Ken Greenhall - Des tueurs pas comme les autres (1977)Quatrième de couverture
Des tueurs pas comme les autres... ou les dents du cauchemar
Carl était un nazi.
Baxter était un tueur. Carl aurait bien aimé que Baxter tue pour lui. Ils appréciaient tous deux la violence, la perfidie, et méprisaient le monde entier, dont ils souhaitaient la mort, par goût et par besoin. Des psychopathes ? Oui, bien sûr. Des assassins comme les autres ? Non. Car Carl était un enfant et Baxter un chien.

Gifsv25.gifToujours difficile de chroniquer un livre épuisé et non réédité. Pourtant dans l'espoir qu'il le soit un jour, nous avons décidé de prendre le temps quand même de vous présenter ce petit bijou découvert sur nos propres étals d'occasion (il y aura donc au moins un exemplaire pour quelqu'un...). Tout débute par une réflexion canine car la particularité de ce roman est de partager la narration entre les pensées d'un bull-terrier, nommé Baxter, et la description de son environnement et de ses propriétaires successifs.
En effet, la quatrième de couverture est quelque peu réductrice. Car notre bon toutou, tueur en devenir, a d'abord partagé les derniers jours d'une vieille femme, puis d'un jeune couple avant d'atterrir chez Carl. Ce qui est d'autant plus important car on suit ainsi l'évolution "psychologique" de Baxter, ses réflexions sur les hommes et leurs travers, sur ses attentes à lui, sur ses frustrations de chien et tout ça avec un sérieux déconcertant qui vous forcera le sourire tant c'est emprunt finement d'humour noir et décalé.
De plus, tout se situe dans le même quartier et si le tragique ne pointait pas sa truffe régulièrement, on pourrait se croire dans un épisode de Desparate housewives avec ses maisons bien agencées, les voisins qui s'observent, les gamins innocents qui jouent à la balle... sauf que parmi eux, il y en a un qui se délecte plus de la biographie d'Hitler et qui trouvera en Baxter un complice inattendu pour ses jeux bien plus cruels que ceux de ses camarades.
Pourtant quand on y regarde de plus près, Baxter est loin d'être le plus monstrueux des personnages. Finalement c'est même le plus "innocent" de tout ce joli petit monde. L'horreur (catégorie dans laquelle a été classée l'adaptation cinéma) ne naît pas de lui mais de ces gens, pour certains flirtant avec la folie, d'autres se complaisant dans la faiblesse de l'indifférence. Ce n'est donc pas le chien mais bel et bien les humains les psychopathes. La leçon est claire.
baxterCe roman noir a donné lieu à une très fidèle adaptation française cinématographique (qui a un peu vieillie mais qu'il faut voir par curiosité) en 1989 : Baxter (Disponible dans son intégralité sur YT, voir Bonus ci-dessous). Réalisée par Jérôme Boivin sur un scénario de Jacques Audiard, le film respecte très bien l'oeuvre originale. On remarquera juste qu'une des victimes (le politiquement correct à la française) sera maintenue en vie dans le film et que le hobby de la mère de Carl (Charles) ne sera plus le violoncelle mais les réunions Tupperware. A part ça, la voix off de Baxter est la retranscription parfaite de la traduction du roman. Une particularité très intéressante néanmoins : à aucun moment on ne voit le chien tuer quelqu'un. Tout est suggéré, il n'y a aucune scène de violence gratuite jusque dans l'affrontement entre Charles et le chien, scène particulièrement insoutenable dans le roman.
Ken Greenhall signe donc une oeuvre remarquablement sociologique offrant un portrait intéressant de la race humaine et de son rapport à l'autorité et à la soumission, le thème du dominant/dominé étant une constante du roman. D'autres thématiques viennent enrichir l'ensemble : celles du lâcher-prise, de la confiance, de la manipulation. Et les derniers mots de Baxter s'orienteraient (selon certains critiques) subtilement vers la rébellion et l'anarchie : "N'obéissez jamais". A lire dès que vous le pourrez.

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Des tueurs pas comme les autres (Hell hound)
(Super Noire) Epuisé

Mots-clés : animaux, chien, nazis, psychopathe, sociologie, violence enfantine


Bonus

 

Baxter  Le film (1h23) : à ne visionner, si possible, qu'après avoir lu le livre qui reste bien meilleur évidemment !

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