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Keigo Higashino - La maison où je suis mort autrefois (1997)

Keigo Higashino - La maison où je suis mort autrefois (1997)

Quatrième de couverture
Sayaka Kurahashi va mal.
Mariée à un homme d'affaires absent, mère d'une fillette de trois ans qu'elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n'a aucun souvenir avant l'âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d'elle au berceau, faisant ses premiers pas... Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être.
Elle demande à son ancien petit ami de l'y accompagner. Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L'entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d'enfant, ils trouvent le journal intime d'un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d'événements tragiques... Keigo Higashino compose avec La Maison où je suis mort autrefois un roman étrange et obsédant.
D'une écriture froide, sereine et lugubre comme la mort, il explore calmement les lancinantes lacunes de notre mémoire, la matière noire de nos vies, la part de mort déjà en nous.

Gifsv25.gifPrécisons avant toute chose que la quatrième de couverture en dévoile un peu trop. Il aurait été de bon ton de laisser le lecteur découvrir certains détails par lui-même. De plus l'"écriture froide...lugubre..." pourrait desservir le roman d'autant que ce n'est absolument pas ce que j'ai ressenti. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'il ne s'agit pas de tragédie. En fait ce qui fait la force de ce texte c'est justement le mélange entre un style très ludique (et non pas drôle) et effectivement une trame psychologique très grave.
Ce récit est construit comme un roman d'énigmes dont la chronologie des évènements qui sont révélés peu à peu aux deux protagonistes n'a rien de linéaire. Higashino utilise trois formes littéraires : la narration classique, le journal intime et le style épistolaire. Parfaitement imbriquées les unes dans les autres, elles donnent du rythme, créent de l'échange et du suspense. Le lecteur est totalement impliqué dans l'enquête. Il progresse avec les héros au fur et à mesure des indices dévoilés, se forgeant sa propre idée des faits. Il extrapole et fait travailler sa capacité de déduction, content de repérer les mêmes détails que les personnages, étonné ou surpris quand ce n'est pas le cas, toujours sur le qui-vive, constamment dans l'attente du dénouement.
L'autre point fort de ce polar japonais, c''est évidement le contexte psychologique du récit que l'on devine très grave mais qui, à aucun moment, ne bascule dans le sordide ou le glauque. Il y a, oui c'est vrai, une certaine froideur face à des situations émotionnellement fortes, pourtant cela ne déclenche pas l'animosité, la frayeur, le jugement et encore moins l'indifférence. En fait en progressant dans l'histoire, j'ai plutôt eu l'impression, paradoxalement au style ludique qui nous implique, d'être spectatrice d'une remise en question des plus constructives. On acquiert vite le recul nécessaire pour chercher à comprendre plutôt que de juger. Et la forme que l'auteur s'impose force  le dialogue et la réflexion.
Les deux personnages vont durant deux jours, dans un huis-clos mystérieux mais pas étouffant tenter de survivre à leur passé. De déclencher les verrous d'une mémoire refoulée. Et d'aborder l'avenir avec de nouveaux bagages. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre la quatrième de couverture, on sort indemne de ce roman même s'il traite de sujets poignants. Il permet à mon avis de voir les choses différemment. D'ailleurs
la révélation surprenante qui touche au mystère de la maison elle-même prouve bien qu'il y a toujours un deuxième angle de vue. Je mets clairement ce livre dans ma liste de coup de cœur. A la fois pour l'originalité de sa forme que pour la manière dont il traite du poids du passé. De plus, la littérature japonaise souffre d'une image à la fois torturée et perverse et principalement dans le domaine du roman noir. Le fait est que c'est souvent vrai. Et même si cela fait partie de son identité, il est doublement agréable de tomber sur un roman qui est le contre-pieds de ces idées reçues.

Keigo Higashino
La Maison où je suis mort autrefois (Mukashi bokuga shinda ie)
(Babel Noir)

9782330001322

Ce livre a reçu le Prix Cognac du roman policier étranger 2010

Mots-clés : drames familiaux, énigme, épistolaire, huis-clos, Japon, journal, mémoire, passé, psychologie

Tag(s) : #POLAR-THRILLER, #ASIE, #JAPON, #HUIS-CLOS, #DRAME FAMILIAL, #PSYCHOLOGIE, #JOURNAL, #NOS COUPS DE COEUR, #MAISONS ÉTRANGES, #ÉPISTOLAIRE, #HIGASHINO

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