Dubois & Fourquemin - La légende du Changeling (2008-2011)

Publié le par Soleil Vert - Herveline

change-1-200.jpg Quatrième de couverture
Au creux des arbres, au fond des forêts, dans chaque pierre, dans les champs et les plaines...

Partout l'esprit de la nature est vivant. La légende dit que, tous les cent ans, un jeune garçon sera enlevé à ses parents par les fées et qu'il en reviendra transformé. Il pourra désormais communiquer avec la nature et ses forces magiques. Il est dit que ce jeune garçon combattra les êtres maléfiques voués au Seigneur du Chaos. Il est dit que de son combat dépendra l'avenir des êtres de Lumière. Et c'est le soir où une étoile s'émiettant des infinis viendra au milieu d'un cercle de pierres que la quête du Changeling commencera.

Gifsv25.gifLa légende du Changeling est avant tout une chronique sociale de l'Angleterre victorienne. Tout commence dans
les forêts de la lande du Dartmoore, où se tapissent des créatures de légende que seul Scrubby, l'enfant des fées, échangé à la naissance avec un petit humain, peut voir. Mais bientôt, alors que la nature a rendu les champs malades et stériles, sa famille décide de s'exiler à Londres. A peine débarqués, les Johnson réalisent que la ville ne sera pas la terre promise. Les indigents dans leur genre sont là pour enrichir la bourgeoisie et toute tentative de rébellion est étouffée dans le sang. Scrubby, qui n’a pas oublié sa forêt et les fées qui la peuplent, tente de retrouver un peu de nature pour ressusciter le sens du merveilleux dont il a hérité. C'est dans les mines de charbon où il doit travailler pour subvenir à ses besoins qu'il va rencontrer des êtres du petit peuple qui le sauveront d'une mine effondrée. Mais dans ce Londres victorien, règne toujours le Mal et Scrubby y sera à nouveau  confronté  lorsque son amie Laura sera assassinée près d'une étrange taverne située au bord de la Tamise.
Avec le 4e tome on continue à explorer les bas-fonds londoniens. Le Tower Bridge est en construction, les combats de chiens et de boxe viennent enrichir les besaces de la populace de "joues creuses" et Scrubby se rapproche inexorablement du Mal en démasquant les agissements d'une diabolique société secrète. Mais les crimes se poursuivent et il s'en faudra de peu pour que notre petit héros ne démasque leur auteur. Encore un album haut en couleurs sociales.
Cette bande-dessinée est à rapprocher de Peter Pan de Loisiel mais aussi de Basil et Victoria d'Edith & Yann. Et bien sûr de Dickens.
Si le héros est un enfant, le postulat social est particulièrement  fort pour que cette oeuvre ne soit pas abordée par les tout jeunes. D'autant que les éléments fantaistes sont finalement assez délayés. Ils viennent en opposition à une réalité désenchantée dans laquelle la bourgeoisie est illustrée par le Mal absolu, un être du Chaos, qui cherche par tout les moyens à écraser les plus faibles et ce sans aucun scrupule. Srubby se retrouvera régulièrement sur le chemin de cet être maléfique et l'on devine que la confrontation sera inévitable. Mais auparavant il sera le témoin de nombreux faits d'Histoire sociale comme la révolte des ouvriers et le début du syndicalisme organisé, les conditions dramatiques des mineurs, la pauvreté, la misère, la prostitution, le marché noir, les crimes. Symboliquement, les trois premiers albums s'enchaînent en suivant les grands éléments universels : le feu, la terre et l'eau. Le quatrième se rappelle à chacun d'eux, mais la série n'est pas terminée et nous verrons bien quelle tournure prendra la suite des aventures de l'enfant changeling. On peut faire confiance aux auteurs pour nous donner une suite/fin tout aussi passionnante.
A noter que le scénariste, Pierre Dubois, si vous ne le connaissez pas encore, a notamment créé le mot elficologie dont il se fait le spécialiste en étudiant tout ce qui a trait au Petit peuple : elfes, lutins, nains, korrigans etc. et par extansion aux folklores et mythologies du monde entier. Il est l'auteur de nombreuses encyclopédies sur les lutins, les fées, les elfes mais aussi de plusieurs bandes-dessinées. Un article extrêmement riche sur Wikipédia (qui m'a aidé à faire cette petite accroche) est à lire pour mieux connaître ce monsieur particulièrement original.
Quant à Xavier Fourquemin, il est lui-même passionné par le folklore celte, ce qui a débouché sur des séries comme Les contes de Brocéliande et Les contes du Korrigans, et par le Londres victorien illustré dans Miss Endicott.

Pierre Dubois (sc) & Xavier Fourquemin (d)
La légende du Changeling
(Le Lombard)

9782803624096

(5 tomes - série terminée)

Mots-clés : Bien/Mal, féérie, Londres victorien, petit peuple, social, syndicalisme, XIXe

Commenter cet article