Craig Johnson - Enfants de poussière (2008)

Publié le par Herveline/Dom

Craig Johnson - Enfants de poussière (2008)Quatrième de couverture
Dans le comté d’Absaroka, Wyoming, la découverte du corps d’une jeune asiatique étranglée en bordure de route n'est pas monnaie courante. Et quand on retrouve près des lieux du crime un vagabond Indien au physique de colosse, Virgil White Buffalo, en possession du sac à main de la victime, l'affaire semble être vite expédiée. Pourtant, le shérif Longmire a du mal à croire que Virgil soit l’assassin, d’autant que dans le sac à main de la morte, on découvre un vieux cliché qui le ramène à sa première enquête criminelle, près de quarante ans plus tôt, en pleine guerre du Vietnam.
Enfants de poussière est un polar haletant qui nous entraîne des boîtes de nuit de Saïgon aux villes fantômes du Wyoming. Ce nouveau volet des aventures de Walt Longmire est l’un des plus ambitieux de son auteur.

Gifsv25.gifCraig Johnson, mode d'emploi : prendre sa journée, ne prévoir aucune obligation, s'installer dans un fauteuil confortable, prévoir une collation à portée de main et ne plus lever la tête avant la fin de ce quatrième roman du désormais célèbre auteur américain.
Ce dernier, encore une fois, nous surprend par sa capacité à constamment se renouveler. Si le style est désormais familier et tout à fait identifiable, il n'en reste pas moins que chacun des épisodes de la série Longmire a une identité propre et des sujets variés. Je ne sais pas si cette aventure est la plus ambitieuse comme le stipule la quatrième de couverture. Je trouve que les deux intrigues qui s'entrecroisent sont assez simples. Craig Johnson nous ayant habitués à des scénarios souvent beaucoup plus complexes et par cela des meurtriers moins décelables. Par contre, comme à son habitude, il nous emmène sur des sentiers inattendus.
Qui parle encore de la guerre du Vietnam aujourd'hui, épisode tragique de l'histoire américaine (et vietnamienne) qui durant des années a occupé le devant la scène cinématographique principalement, quand maintenant, la nouvelle génération n'a plus que ses nouveaux conflits en tête : le Golfe, l'Afghanistan, l'Irak. Mais les vétérans sont toujours là et comme pour nos anciens combattants de l'Algérie ou de l'Indochine, les traumatismes aussi.
Ainsi, l'auteur continue d'étoffer son personnage récurrent, lui inventant un passé, un premier combat, une première enquête, une première cicatrice. On le découvre dans sa jeunesse déjà très intègre, droit, un peu porté sur l'alcool mais nous dirons que le contexte s'y prêtait au vu des horreurs rencontrées, là-bas dans les forêts vietnamiennes. Ensuite, il continue de nous décrire son Wyoming, qu'il avait délaissé dans l'Indien blanc au profit de Philadelphie, en nous faisant parcourir de nouvelles routes, en nous emmenant dans l'un des décors les plus nostalgiques de l'ouest-américain, un village fantôme.
Enfin, les thématiques de fond sont très fortes : la guerre et son héritage quelques fois tout aussi horrible, le trafic humain, le racisme, la place du souvenir dans une vie d'homme...
Comme toujours, Craig Johnson s'arme d'une documentation très fournie pour rendre l'ambiance et les décors les plus réalistes possible. Sans faire l'apologie de la guerre, loin s'en faut, il est bien renseigné sur tout ce qui est armes et moyens logistiques afin de nous transporter dans l'environnement de la base aérienne américaine de Tan Son Nhut. Quant à son style, très reconnaissable comme nous le disions, il s'enrichit d'une nouvelle gamme narrative très bien maîtrisée : l'ellipse. Les flashbacks arrivent à point nommé, les aller-retour passé-présent répondent à une belle retranscription de l'esprit humain et des associations d'idées qu'il peut faire selon les circonstances.
Il n'y a donc rien à redire à ce nouveau volet : les petites faiblesses de l'intrigue policière à proprement parlé étant largement compensées par le toujours et même dynamisme stylistique et par encore tout ce qu'on peut apprendre de notre shérif préféré et de son entourage. Et la culture amérindienne, chère à Craig Johnson, est toujours très présente. N'omettons pas non plus les personnages secondaires qui eux ont une implication irrégulière, ce qui donne aussi de la crédibilité à leur quotidien. Ils vont, ils viennent au
longmire-TVgré de leur vie ou de leurs missions, parfois disparaissent au profit d'autres. Il y a ici beaucoup plus de nouveaux personnages que dans les précédentes enquêtes et on a fort à parier que l'on en recroisera certains dans l'avenir.

Depuis quelques semaines, les américains ont la chance de voir sur leur petit écran une nouvelle série TV, Longmire, directement tirée des romans de Craig Johnson. Nous avons commencé à la visualiser (sur DPstream). Nous vous en dirons plus dans quelques jours quand on aura assez de matière pour une critique constructive.

Craig Johnson Enfants de poussière (Another man's moccasins) (Gallmeister)

Mots-clés : guerre, souvenir, trafic, Vietnam, Wyoming


Bonus

Autres titres chroniqués :
1 - Little Bird
2 - Le camp des morts
3 - L'indien blanc

Scène du crime : Lone Bear Road (Wyoming) (p.27)

LoneBearroad600.JPG
Villes fantômes (p.91) : La ville fantôme de Bailey existe mais est située au colorado et est extrêmement touristique. Celle évoquée par Craig Johnson est sans doute une ville imaginaire fondée sur un mixte de plusieurs "ghost towns", anciennes mines de charbon mais pas forcément minières : Kane, Gebo, Hanna. Bien que le Bailey du roman se situe au contraire en dessous, la ville fantôme qui géographiquement pourrait le plus correspondre est Monarch, située dans le comté de Sheridan au nord de Durant (Buffalo).

Gebo MonarchMonarch Church



Flashbacks

Tan Son Nhut - 1967-1968 (Cliquez sur la carte pour l'agrandir)

tan-son-nhut.jpg Tan-Son-Nhut-Map300.jpg

Tan Son Nhut - Le vieux fort français surnommé Hotel California (p.41)

1968-oldfort-1.jpg
Saïgon - Tu-Do Street (p.234)

saigon-tu-do-street.jpg
Khe San, offensive du Têt  1968

tet.jpg
Bande-son

Tighten up Archie Bell and the Drells (1968)
A good man is hard to find  Marion Harris (1919)
The girl I left behind me  Patrick Gaffnet (1924)
Ruby Baby  (1963)
Pop a top  Jim Ed Brown

Commenter cet article

alain 11/07/2012


Bonjour,


je viens juste de le terminer (j'ai pris mon temps, je l'ai dégusté depuis son achat le jour des dédicaces d'un dimanche pluvieux jusqu'à hier ). Trés beau livre, peut être pas le meilleur de ce
bon vieux sherif; mais vraiment surprenant. j'adore tout ces dialogues avec son ami Ours, les retours sur le Vietnam sont vraiment bien rendus.


A quand le prochain ?


 


Alain