Mislov & Guitard - La véritable histoire de John Dillinger, ennemi public n°1 (2009)

Publié le par Soleil Vert - Herveline

Mislov & Guitard - La véritable histoire de John Dillinger, ennemi public n°1 (2009)Quatrième de couverture
En trente ans d'une existence sans temps mort, John Dillinger (1903-1934) est devenu un mythe américain. Ce fils d'un épicier d'Indianapolis traverse, Colt au poing, les années noires de la Prohibition et de la Dépression. Ses braquages d'une folle audace, ses évasions spectaculaires, la hâte des médias à jeter en pâture à une opinion en perte de repères des héros négatifs, tout concourt à bâtir sa légende, qui va supplanter en importance et en durée celle de la plupart des hors-la-loi de son époque, les Bonnie et Clyde, Baby Face Nelson et autres Ma Barker. Son humour, sa prestance, son élégance ajoutent des touches positives au portrait, au point qu'on en vient à parler, pour celui que J. Edgar Hoover n'hésite pas à considérer comme l'ennemi public n°1, le Robin des bois américain.

Il parait évident que se plonger dans cette lecture, ce n'est pas seulement revivre des aventures trépidantes et tragiques de celui pour lequel le concept même d'ennemi n°1 a été créé. C'est bel et bien, aussi, revisiter une partie de l'histoire américaine, où entre misère et rêve américain, se glissent crack boursier, prohibition, contrebande, salves de mitraillette, crissements de pneus, hold-ups, bandits au grand coeur, belles pépés et trahisons. Cette Amérique des tractions, des gangsters, de Chicago, de la mafia, des gangs a pu nous faire rêver mais elle trahissait le malaise social de toute une génération,  un mal-être qui n'est pas sans rappeler notre situation actuelle.
Alors que Ford licencie à tour de bras, que les valeurs s'effondrent et que le nombre de chômeurs explose, ceux qui osent s'opposer au système font figure de héros. John Dillinger, véritable Robin des bois, entre donc au panthéon de ces légendaires rebelles, pas véritablement voyou, pas véritablement un saint non plus, mais qui en s'acoquinant avec d'autres moins recommandables encore, inscrit son destin tragique dans la mémoire collective américaine. Sa courte vie laisse un goût plus amer encore que celle de Bonnie and Clyde, bien plus violents que lui.
Sa vie commencée par de menus larcins et poursuivis par des hold-ups toujours plus osés, entre deux incarcérations et autant d'évasions, n'avaient en rien le caractère meurtrier et suicidaire que le comportement d'autres gangsters montraient. Alors comment peut-on devenir l'ennemi n°1 d'une Amérique encline à soutenir ces braqueurs au grand coeur ? Grâce au génie de communication d'un certain J. Edgar Hoover, patron du F.B.I. qui décide de faire de Dillinger, un exemple, alors même que la clique politique, policière et financière est tout aussi corrompue.
Très bien racontée, l'histoire est soutenu par le graphisme très pop'art de Thierry Guitard. Ce mouvement artiste n'apparaissant que dans les années 50-60, on peut trouver anachronique l'influence évidente de Roy Lichtenstein. Peut-être faut-il trouver d'autres références, dans les strips ou les dessins animés. Un autre contre-pied visuel que semble prendre l'illustrateur : l'hommage au cinéma noir et polardeux des années 40, une image qui s'inscrit surtout en noir et blanc dans notre subconscient. C'est donc un choix artiste inattendu qui décline pleines pages, vignettes, photos d'identités, unes de journaux, portraits glamours et clichés volés, gros plans, plans larges ou inclinés, qu'on apprécie malgré les couleurs primaires et les traits gras qui peuvent lasser.

Mislov & Guitard
La véritable histoire de John Dillinger, ennemi public numéro 1
(Denoël Graphic)

9782207255711

Mots-clés : Amérique, ennemi n°1, ganster, histoire vraie, hold-up, polar, prohibition, USA

Commenter cet article