Le jeudi matin
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Quatrième de
couverture (Ici, en volet intérieur)
En trente ans d'une existence sans temps mort, John Dillinger (1903-1934) est devenu un mythe américain. Ce fils d'un épicier d'Indianapolis traverse, Colt au poing, les années
noires de la Prohibition et de la Dépression. Ses braquages d'une folle audace, ses évasions spectaculaires, la hâte des médias à jeter en pâture à une opinion en perte de repères des héros
négatifs, tout concourt à bâtir sa légende, qui va supplanter en importance et en durée celle de la plupart des hors-la-loi de son époque, les Bonnie et Clyde, Baby Face Nelson
et autres Ma Barker. Son humour, sa prestance, son élégance ajoutent des touches positives au portrait, au point qu'on en vient à parler, pour celui que J. Edgar
Hoover n'hésite pas à considérer comme l'ennemi public n°1, le Robin des bois américain.
Dans quelques jours, le 1er juillet 2009, sort le nouveau film de Michael
Mann Public Ennemies dans lequel Johnny Depp prend les traits du fameux gangster John Dillinger qui défraya la chronique dans les années 30.
Cet évènement succède à la parution non moins intéressante de ce roman graphique réalisé par Miriana Mislov, au texte, et Thierry Guitard, au dessin.
Il paraîtra évident que se plonger dans cette lecture, ce n'est pas seulement revivre des aventures trépidantes et tragiques de celui pour lequel le concept même d'ennemi n°1 a été
créé. C'est bel et bien, aussi, revisiter une partie de l'histoire américaine, où entre misère et rêve américain, se glissent crack boursier, prohibition, contrebande, salves de
mitraillette, crissements de pneus, hold-ups, bandits au grand coeur, belles pépés et trahisons. Cette Amérique des tractions, des gangsters, de Chicago, de la mafia, des gangs a pu
nous faire rêver mais elle trahissait le malaise social de toute une génération, un mal-être qui n'est pas sans rappeler notre situation actuelle.
Alors que Ford licencie à tour de bras, que les valeurs s'effondrent et que le nombre de chômeurs explose, ceux qui osent s'opposer au système font figure de héros. John
Dillinger, véritable Robin des bois, entre donc au panthéon de ces légendaires rebelles, pas véritablement voyou, pas véritablement un saint non plus, mais qui en s'acoquinant avec
d'autres moins recommandables encore, inscrit son destin tragique dans la mémoire collective américaine. Sa courte vie laisse un goût plus amer encore que celle de Bonnie and
Clyde, bien plus violents que lui.
Sa vie commencée par de menus larcins et poursuivis par des hold-ups toujours plus osés, entre deux incarcérations et autant d'évasions, n'avaient en rien le caractère meurtrier et suicidaire que
le comportement d'autres gangsters montraient. Alors comment peut-on devenir l'ennemi n°1 d'une Amérique encline à soutenir ces braqueurs au grand coeur ? Grâce au génie de communication d'un
certain J. Edgar Hoover, patron du F.B.I. qui décide de faire de Dillinger, un exemple, alors même que la clique politique, policière et financière est tout
aussi corrompue.
Très bien racontée, l'histoire est soutenu par le graphisme très pop'art de Thierry Guitard. Ce mouvement artiste n'apparaissant que dans les années 50-60, on
peut trouver anachronique l'influence évidente de Roy Lichtenstein. Peut-être faut-il trouver d'autres références, dans les strips ou les dessins animés. Un autre
contre-pied visuel que semble prendre l'illustrateur : l'hommage au cinéma noir et polardeux des années 40, une image qui s'inscrit surtout en noir et blanc dans notre
subconscient. C'est donc un choix artiste inattendu qui décline pleines pages, vignettes, photos d'identités, unes de journaux, portraits glamours et clichés volés, gros
plans, plans larges ou inclinés, qu'on apprécie malgré les couleurs primaires et les traits gras qui peuvent lasser.
Mislov &
Guitard La véritable histoire de John Dillinger, ennemi public numéro 1 (Denoël Graphic)
Mots-clés : Amérique, ennemi n°1, ganster, hold-up, prohibition
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