INTERVIEW : PIERRE MAGNAN

Publié le par Librairie Soleil Vert



Pierre Magnan
nous avait accordé une interview en Avril 2008 pour le site internet theyrani.com, car il venait de terminer son ouvrage : Chronique d'un château hanté. Voici l'interview, souhaitant qu'elle vous donne envie de venir nombreux pour le rencontrer.

Dominique : Vous venez de terminer "Chronique d'un château hanté" Qu' en diriez vous pour donner envie de le lire ?

Pierre Magnan: Donner envie de le lire est plutôt le travail de l'éditeur ! Moi j'ai terminé mon travail. Ce roman a d'ailleurs été très complexe à organiser. C'est un pavé de 500 pages dont le héros principal est un arbre ( !) et dont l'action se déroule entre 1348, période de la grande peste, et 1910, avant la première guerre mondiale. Comme le titre l'indique, le roman comporte une part de fantastique en filigrane. Mais en filigrane seulement, comme il convient à une hantise. Le fantastique n'est que suggéré. J'ai mûri ce livre au moins 10 ans avant de me mettre à l'écrire.

Dominique : En quoi va consister la promotion de ce livre ? ».
Pierre Magnan : C'est l'éditeur (Denoël) qui va travailler à la promotion du livre, pas moi. Vous savez, je ne fais pas partie des auteurs qui ont le pouvoir de diriger ce qui se passe au niveau promotionnel. On me consulte, bien sûr, mais on ne suit pas mon avis ... !

Dominique : Vous écrivez aussi bien des romans policiers que des romans ou des récits autobiographiques. Qu'est ce qui vous pousse dans vos choix d'écriture ?
Pierre Magnan : Le hasard et l'envie. Vous savez, un livre, c'est parfois le résultat de réflexions qui viennent de 20 ans en arrière ! Les 4 premiers romans que j'ai publiés ne sont pas des romans policiers... mais ils ont eu très peu de succès. Dans les années 60, avec l'apparition du « nouveau roman », les éditeurs me renvoyaient mes manuscrits en m'expliquant qu' « on n'écrivait plus comme ça ». Moi, je considère qu'un bon roman comporte un début, un milieu, et une fin ! c'est surtout vrai pour le roman policier.. Et puis un jour j'ai eu l'idée d'écrire mon premier roman policier « le sang des Atrides ». On ne pouvait plus remettre en question ce type de plan pour un polar ! Et « le sang des Atrides » a été mon premier succès !

Dominique : L'écriture, et en particulier l'écriture de romans policiers est-elle pour vous un moyen, voire un prétexte de faire passer des messages pour parler des choses qui vous touchent ?
Pierre Magnan : Je n'écris pas, je peins. Spinoza a dit « toute idée est un échec à la vérité ». Je suis d'accord avec cela. Quelle que soit l'idée ou l'opinion que j'aie, je ne suis jamais certain que ce soit la bonne ! C'est pour ça que je n'écris absolument pas pour faire passer des messages. J'écris parce qu'à un moment, j'ai envie d'exprimer ce qui éclate en moi.

Dominique : En vous lisant, on est frappé de voir à quel point vous savez décrire ce qui se cache au fond des âmes. Vous connaissez bien l'être humain. On se dit que vous devez connaître beaucoup de monde Comment observez-vous les gens ?
Pierre Magnan : ça ne s'explique pas vraiment ! L'observation, c'est aussi un travail de mémoire. J'ai 85 ans d'existence. Pour observer et comprendre les autres, au fond, il faut d'abord être capable de s'observer soi-même. C'est un exercice assez roboratif. Par exemple, j'écris un journal, et j'écris depuis l'âge de 11 ans ! Je lis beaucoup également. Je ne m'endors jamais sans avoir lu quelques pages de Proust ou de Stendhal. Proust est très important pour moi car « c'est écrit à la diable pour l'éternité » Ses textes sont d'une telle profondeur ! Ils sont difficiles d'accès, ce sont des livres pour spécialistes. Et quand on les lit, même si on est un auteur connu, on se sent comme un apprenti. Proust, c'est l'équivalent pour la littérature, de l'impressionnisme pour la peinture.

Dominique : Que conseilleriez vous à quelqu'un qui souhaiterait se lancer dans l'écriture d¹un polar ? Quelles sont les principaux pièges à éviter ?
Pierre Magnan : Pour être un écrivain, il est déjà très important d'être un lecteur. Dans ma jeunesse, quand je lisais Chateaubriand ou Victor Hugo j'étais parfois jaloux des phrases que je lisais ... Une chose très importante tout d'abord, pour moi, un livre doit avoir une structure. Il doit comporter un début, un milieu, et une fin !

Dominique : Pour écrire un bon roman policier, l'auteur doit-il savoir dès le début où il veut aller ?
Pierre Magnan : Pour moi il est très important, avant de se lancer dans l'écriture d'un roman, d'avoir les idées claires. Quand j'écris un roman, j'ai en tête le canevas complet du livre. Je peux modifier quelques touches au fur et à mesure que le l'histoire avance, mais je sais toujours où je vais, et j'ai la certitude d'aller au bout. Le plus compliqué, c'est de trouver au départ le bon rythme et le bon tempo, la bonne tonalité, et de les garder jusqu'à la fin. Chaque livre a sa propre tonalité, mais j'insiste, il est très important qu'il la conserve jusqu'au bout.

Dominique : Comment avez-vous accueilli les projets d'adaptation de vos romans au cinéma ? Puis à la télévision ?... Avez-vous parlé avec Victor Lanoux avant le tournage des courriers de la mort, pour lui parler de Laviolette ? Et Patrick Bruel pour lui décrire Séraphin Monge ?
Pierre Magnan : Je considère les adaptations télévisées surtout comme un moyen de gagner un peu d'argent ! Mais c'est un exercice très difficile et souvent décevant. Le personnage que l'on voit dans les adaptations ne peut jamais rentrer réellement dans le personnage fictif. Même si j'ai échangé avant et pendant le tournage des « courriers de la mort » avec Victor Lanoux (qui est quelqu'un de charmant), je trouve que ce qu'on fait les scénaristes du personnage de Laviolette ne ressemble pas vraiment au personnage que j'ai créé, et que les dialogues de l'adaptation TV se sont révélés assez plats. Ce fut la même chose pour "La Maison assassinée". A part parfois dans ses silences, je n'ai pas été complètement convaincu par l'interprétation de Patrick Bruel. Le personnage de Séraphin Monge, tel que je l'avais créé, était plus muet, taciturne, encore empli des souvenirs de la guerre, et traumatisé de façon inconsciente par la tragédie que sa famille avait vécue quand il était bébé.

Dominique Merci monsieur Magnan, et à bientôt, on a hâte de se plonger dans "Chronqiue d'un château hanté"...

Bibliographie Polar (mise à jour le 11/06/09)
Romans
1977
Le sang des Atrides  "Prix du Quai des Orfèvres" (Folio Policier)
1978 le commissaire dans la truffière (Folio Policier)
1979
Le secret des Andrônes  (Folio Policier)
1980
Le tombeau d'Helios  (Folio Policier)
1984 La maison assassinée (Folio Policier) - adapté au cinéma par Georges Lautner
1986 Les courriers de la mort (Folio Policier) - adapté à la télévision par Philomène Esposito
1995 La folie Forcalquier (Folio Policier)
1997 Le mystère de Séraphin Monge (Folio Policier) - suite de La maison assassinée
1999 Les charbonniers de la mort (Folio Policier)
1999 Les secrets deLaviolette (Folio Policier)
1999 Le Parme convient à Laviolette (Folio Policier)
2008 Chronique d'un château hanté (Denoël)

Par ailleurs, la bibliographie de Pierre Magnan comporte de nombreux autres titres que vous pourrez commander également à la librairie.

 

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THEVENET 25/10/2009 10:00


J'ai lu tous les livres de pierre Magan, même se biographie racontant on enfant ( la biasse de mon père, l'aprenti) et ses romans, ceux avec le commissaire Laviolette et les autres, je les ai
presque tous adoré, sauf peut-être Laure du bout du monde et le garcon qui tuait le temps.
Son dernier roman " chronique d'un chateau hanté " est une apothéose, épopée absolument géniale. Que la vie nous garde n encore très longtemps notre cher Pierre .


Librairie Soleil Vert 26/10/2009 10:06


 Merci pour cet éloge d'un auteur que nous apprécions aussi beaucoup !