Mardi 28 avril 2009
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Une mort esthétique PD James (Fayard) 22€
Quand la célèbre journaliste d'investigation Rhoda Gradwyn s'inscrit dans la clinique privée du docteur Chandler-Powell pour faire disparaître une cicatrice qui la défigure depuis l'enfance, elle
a en perspective une opération réussie par un chirurgien reconnu, une paisible semaine de convalescence dans l'un des plus beaux manoirs du Dorset et le début d'une nouvelle vie. Mais, malgré le
succès de l'opération, elle ne quittera pas Cheverell Manor vivante. Le commandant Dalgleish et son équipe, appelés pour enquêter sur ce qui se révèle être un meurtre puis sur une deuxième mort
suspecte, se trouvent confrontés à des problèmes qui les entraîneront bien au-delà de la simplerecherche des coupables.
Phyllis Dorothy James plante le décor de son dix-septième roman policier dans le milieu de la chirurgie esthétique et mène cette nouvelle intrigue avec toute l'acuité et
l'inventivité dont elle a le secret : un cadre pittoresque (l'hiver, un vieux manoir isolé, un mystérieux cercle de pierres préhistoriques, une chapelle, une bibliothèque); des personnages bien
campés (la gouvernante, l'aristocrate ruinée, le chirurgien ambitieux, l'homosexuel tourmenté, l'acteur raté, la vieille fille universitaire qui s'est dévouée au chevet de son père...) et dont la
psychologie occupe une place importante, avec de nombreux retours sur leur passé; l'équipe d'enquêteurs habituelle (Adam Dalgliesh, Kate Miskin, Francis Benton-Smith, dont les situations
personnelles vont évoluer au cours du roman); le tout assorti de touches contemporaines (réforme du système médical anglais, allusion à la gay pride, travail des ONG en Afrique) et de
réflexions sur la structure sociale britannique, la nature humaine, la limite floue entre culpabilité et innocence, le poids du passé sur les destinées individuelles, le rôle fatal que peuvent
jouer certains médias, l'essence de l'amour.
On retrouve dans ce roman de très bonne facture et à l'intrigue bien ficelée tout ce qui fait le charme et l'attrait des ouvrages de la grande romancière anglaise.
Du feu sous la neige
Chuck Logan (Le masque) 21.50€
Phil Broker, l'homme des missions infiltrées et inavouables, se retrouve en famille pour la première fois, et quelle famille. Nina, sa femme officier supérieur de l'armée US, complètement
névrosée à la suite d'un accident lors d'une opération, est en dépression carabinée. Pour sa « convalescence », ils ont trouvé refuge près des Lacs du
Minnesota chez un vieux complice de Broker, vétéran du Vietnam comme lui. Personne ne doit savoir qui ils sont réellement. Leur foyer est une cocotte-minute qui explose lorsque leur fille Kit
agresse un camarade dans la cour de l'école. Les parents du gamin sont cinglés, et son oncle un criminel qui veut la peau de Broker. Un huis clos pesant, tendu, dans le silence et l'isolement
enneigé de la forêt où rôdent les loups. La menace se précise, et comme toujours chez Logan on atteint un point extrême où seule la force physique peut faire avancer l'action.
Un vrai thriller glaçant à tous égards, porté par un suspense tenace, qu'entretient l'ambiance mate, ouatée, sauvage de l'hiver dans le Grand Nord américain. L'humour caustique de
Logan continue de faire mouche. La signature de Jean-Paul Gratias, traducteur de James Ellroy, est un argument important pour les amateurs de
polars. « Si Chuck Logan était un boxeur, il serait un poids lourd, et assurément un champion. » Publishers Weekly
Vétéran du Vietnam et graphiste de formation, Chuck Logan vit à Stillwater, dans le Minnesota
Meurtre chez les
samaritains Matt Rees (Albin Michel) 20.00€
Ishaq, fils du prêtre des Samaritains de Naplouse, vient d'être assassiné. A deux pas du rocher où Moïse avait entrepris de sacrifier son fils. Mais pourquoi faut-il qu'Omar Youssef, qui vient
d'arriver dans l'antique cité de Cisjordanie pour assister au mariage de son ami, bute justement sur ce corps-là ? Et quel rapport y a-t-il entre ce meurtre et le vol de l'Abichoua, ce rouleau
mythique de la Torah dont le prêtre avait justement la garde ? Tout est possible en Palestine, et rien ne dit qu'Ishaq n'a pas été exécuté parce qu'il était homosexuel. Rien ne dit non plus que
sa connaissance intime des secrets bancaires du Vieux, l'ancien Président de l'Autorité palestinienne, ne lui a pas été fatale.
Omar Youssef a quelques heures devant lui pour résoudre l'énigme, à prendre le risque de se perdre dans le dédale de la casbah de Naplouse et dans les arcanes de l'univers des Samaritains, l'une
des tribus originelles d'Israël, qui ne compte plus aujourd'hui que 600 membres. Car ensuite, l'ONU est bien décidée à fermer le robinet de l'aide internationale puisque, à l'évidence, plus
personne n'est en mesure d'assurer l'ordre et la sécurité en Palestine occupée. Et c'est donc, une fois de plus, le peuple lui-même qui risque de payer l'addition.
« C'est le propre des grands écrivains de polars d'écouter la rue et de raconter les histoires que leur murmurent les ruisseaux : Andrea Camilleri l'a fait avec la Sicile en créant l'inspecteur
Montalbano, Henning Mankell pour la Suède avec Wallander, Michael Connelly pour Los Angeles avec l'inimitable Harry Bosch ; Matt Rees, avec Omar Youssef, livre une radioscopie intégrale d'un
pays, de ses moeurs, de ses failles. » François Busnel
Matt Rees est écrivain et journaliste (il a dirigé le bureau de Jérusalem de Time Magazine jusqu'en 2005). Meurtre chez les Samaritains est le troisième d'une série de
romans policiers dont Omar Youssef, un instituteur palestinien, est le héros récurrent. Les deux premiers, Le Collaborateur de Bethléem et Une tombe à Gaza, ont été traduits en
21 langues et ont reçu un accueil critique exceptionnel dans le monde entier. Sa participation au festival Quais du polar, à Lyon, en mars 2008, l'a définitivement fait entrer dans la
confrérie des maîtres du genre.