Xavier Bruce - Incarnations (2009)

Publié le par Soleil Vert - Herveline

Xavier Bruce - Incarnation (2009)Quatrième de couverture
Incarnations ? Une ancienne charcuterie industrielle. Un lieu clos, labyrinthique et interactif. Un vieil artiste : Antonin Fabrio, cinéaste et sculpteur sulfureux. Cinq personnes - trois hommes, deux femmes - recrutées pour participer à une expérience extrême. Moyenne d'âge : entre vingt et trente ans. Cinq prisonniers volontaires, enfermés dans ce bâtiment où ils deviennent une matière brute entre les mains du vieil homme. Et très vite, les motivations réelles d'Antonin Fabrio apparaissent : réaliser une œuvre totale et définitive, faire de l'art avec du vivant - transformer ces cinq individus en « bioacteurs » pour les amener à incarner des personnes disparues. La métamorphose commence. Dans la douleur. Car Fabrio est prêt à tout pour parvenir à son but : torture mentale, manipulations, violences physiques... Dans ce lieu fermé, la terreur s'installe. Et pourtant les cinq « bioacteurs » investissent le jeu, apprennent à survivre, à se gérer individuellement et collectivement. À l'intérieur de ce chaos permanent mais orchestré, chacun ira au bout de lui-même, au bout de l'expérience... Incarnations ?

Grand amateur des littératures transgenre et hors cadres, Xavier Bruce anima pendant plusieurs années la micro-revue critique Translfictions avant de rejoindre l'équipe des collaborateurs de Bifrost, « la revue des mondes imaginaires ». Incarnations, son premier roman, constitue une expérience brutale, un texte choc qui place d'emblée Xavier Bruce très haut dans le panthéon de cette nouvelle littérature française nourrie aux genres populaires et à leurs codes, une littérature qui n'hésite pas à transgresser ses sources pour mieux les réinventer et bousculer son lecteur. Xavier Bruce a 4l ans. Il vit à Paris.

Pour un coup d'essai, c'est pas mal du tout. Complètement décalé, dérangé, attaqué. Un récit inclassable, baigné dans la folie humaine la plus pure, aux personnages complètement barrés qui n'ont de crédibilité que dans ce huis-clos labyrinthique dans lequel un cinéaste fou les fait évoluer. Impossible de ne pas évoquer David Lynch à ses heures les plus perturbées. Tel un Erased Head littéraire, Incarnations, vous balance des images dont l'onirisme n'a d'égal que la violence qu'il inspire. De la folie ingérable, de l'horreur glauque, du sadisme magistralement orchestré, de l'amour décadent, de la manipulation perverse et surtout des duos d'acteurs cherchant à éliminer leur binôme dans la grande tradition du Grand Guignol.
Il ne faut certes pas trop creuser la psychologie des personnages qui risque d'apparaître très (mais vraiment très) sur-exagérée mais qui est le prétexte à ce jeu de rôle psychotique. Le pourquoi du comment réside vraisemblablement plus dans un délire littéraire et un hommage à ceux qui, dans leur art décalé, n'ont la reconnaissance attendue que d'un public restreint et averti, prêt à se mettre en scène lui-même pour remercier le "maître". Espaces confinés, dédales piégés, violence gratuite, délires sanguinolents et dérapages schizophréniques font de ce livre, à la frontière de la terreur et du fantastique, une oeuvre à part, provocante, délirante et potentiellement troublante.
Il sera intéressant de voir ce que nous pondra Xavier Bruce dans l'avenir.

Xavier Bruce
Incarnations
(Le Bélial)

9782843440908

Mots-clés : dualité, expérience extrême, folie, huis-clos, labyrinthe, manipulation, transfiction, violence 

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