Le jeudi matin

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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 11:18

Christopher Priest - La séparation (2002) Quatrième de couverture
Que s'est-il réellement passé dans la nuit du 10 au 11 mai 1941, cette nuit où Rudolf Hess s'est envolé d'Allemagne pour négocier la paix avec la Grande-Bretagne ? Son avion a-t-il été abattu par la Luftwaffe ? Hess a-t-il réussi sa mission sans en informer Adolf Hitler ? C'est à toutes ces questions que tente de répondre l'historien Stuart Gratton. Il va notamment s'intéresser au destin exceptionnel de deux frères jumeaux, Joe et Jack Sawyer, qui ont rencontré Hess en 1936 aux jeux Olympiques de Berlin.
Avec son dernier roman en date, Christopher Priest oscille, comme souvent, entre littérature générale et science-fiction. Uchronie subtile, rêve éveillé, roman historique ? La séparation est un nouveau tour de force, récompensé par le prix de la British Science Fiction Association, le prix Arthur C. Clarke et le Grand Prix de l'Imaginaire, catégorie roman étranger.

Considéré comme l'un des écrivains les plus originaux de la littérature anglo-saxonne, Christopher Priest a écrit quelques-uns des textes majeurs de l'imaginaire contemporains : Le monde inverti, La séparation ou encore La fontaine pétrifiante

Autour de deux frères anglais d'origine allemande dont la gémellité n'aura de cesse de mettre en exergue autant la dualité de leurs caractères que les faux semblants historiques, les noms de Churchill et Rudolf Hess se succèdent interagissant avec le destin des jeunes gens.
D'abord roman historique, l'aspect uchronique est quasi absente d'une grande majorité du récit. Quelques détails subtilement introduits se révèleront d'une importance capitale dans l'évolution parallèle que va prendre l'Histoire. Si cette dernière s'étend de 1936 à 1999, la charnière critique se situe entre 1940-1941, durant laquelle Churchill, tout à sa gloire dans une Angleterre dévastée par les bombardements de la Luftwaffe, cherche à tout prix à résister à Hitler, ignorant de fait les possibilités de paix recherchées par des volontés moins bellicistes qui ont trouvé tout naturellement leur place sous le drapeau neutre de la Croix Rouge.
Christopher Priest prend le parti de revisiter l'Histoire des deux pays, Angleterre et Allemagne, et choisit pour ça plusieurs angles mais évite parfaitement la redondance des épisodes communs. Il utilise toutes les méthodes littéraires possibles : style journalistique, romanesque, épistolaire, extraits de journaux intimes, de livres d'Histoire et de rapports officiels. Le chassé croisé des évènements devient un puzzle complexe mené de plume de maître, un maître qui domine sa chronologie, fut-elle réinventée.
Si l'uchronie se glisse donc dans l'œuvre, cette dernière n'en n'est pas moins une dénonciation de l'horreur de la guerre. Les combats aériens sont bien documentés et très réalistes. Quant aux villes en ruines suite aux bombardements, qu'elles soient anglaises ou allemandes, leurs descriptions sont malheureusement très réalistes. Elles ont l'odeur de la poussière et la couleur des gravats tels qu'Heinrich Böll a pu lui aussi les évoquer dans certaines de ces œuvres.
La performance de Priest tient donc de plusieurs ressorts : la qualité et l'utilisation de toutes les gammes de l'écriture, la maîtrise de sa chronologie malmenée et de l'insertion subtile et progressive des éléments uchroniques, l'originalité de ces derniers, le travail documentaire sous-jacent apportant le réalisme indispensable aux décors.

Commander/Créer une alerte   Christopher Priest La séparation (The separation) (Folio SF)
Prix obtenus : 2002 Bristish Science-fiction, 2003 Arthur C. Clarke, 2006 Grand prix de l'Imaginaire

Mots-clés : Churchill, Croix Rouge, gémellité, Hess, journaliste, Londres, Seconde guerre mondiale, uchronie

Par Soleil Vert - Herveline - Publié dans : CRITIQUES : SF FANTASTIQUE & FANTASY
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 11:05

Anthelme Hauchecorne - La tour des illusions (2008) Quatrième de couverture
Depuis qu'elle s'est enfuie de chez elle, son enfant sous le bras, Myriam vit dans la rue. Contrainte de rejoindre une communauté de sans-abri, elle découvre un univers doté de ses propres codes, où s'affrontent Hugues, le patriarche au grand cœur, et celui qu'on appelle «le Diablotin», un vaurien bercé d'illusions de grandeur. Myriam n'est pas seule à vouloir remonter la pente. Justin, un mystérieux SDF, semble prêt à l'aider. Peut-elle compter sur lui ? Pendant ce temps, au cœur d'une tour perdue en rase campagne, les expériences d'un millionnaire excentrique échappent à tout contrôle. Un groupe de mercenaires arpente les tunnels poisseux d'un ancien réseau d'égouts. Dans son laboratoire, un scientifique sans scrupules joue avec le feu. Lorsqu'une cinquantaine de SDF disparaissent en pleine nuit, le cauchemar commence...

Destins croisés, rebondissements en tous genres - action, humour, gore, thriller - et passages savoureusement écrits, c'est ce que le roman d'Anthelme Hauchecorne contient. Ce livre est une sorte de melting pot de tout ce qui se fait de mieux en littérature populaire. D'aventures sociales et d'expériences scientifiques en virages fantaisistes, il nous entraîne sans commune mesure dans un univers qui garde encore une place pour l'ironie et la loufoquerie. Certains chapitres sont de véritables bijoux sortis de l'imaginaire d'un jeune auteur qui n'en manque pas. Qu'il s'agisse du passage où son héros (antihéros) Justin, le SDF, raconte son tragique destin à une petite fille en l'adaptant en conte de fée ou bien encore celui où les mercenaires armés de lance-flammes découvrent que les rats qu'ils doivent détruire sont non seulement doués d'intelligence mais ont aussi développé des comportements très humains (passage qui rappellera la très jubilatoire Guerre des mouches de Jacques Spitz), l'ensemble forme un fabuleux roman qu'il sera agréable de relire de temps à autre au moins pour se délecter de ces extraits très sympathiques.
De plus Anthelme Hauchecorne confirme ici son talent d'écrivain. Découvert au travers d'une nouvelle, Primal, publiée dans le e-mag Phénix-Mag (à lire gratuitement ici) où il était question d'une société de dragons vivant en marge de notre société moderne, son style était déjà très affirmé. Après ce premier roman, il est indéniable qu'Anthelme Hauchecorne est un auteur en puissance sur qui il faudra compter dans les années à venir.

Commander/Créer une alerte   Anthelme Hauchecorne La tour des illusions (Lokomodo)

Mots-clés : aventure, enlèvement, gore, humour, savant fou, SDF, thriller

Par Soleil Vert - Herveline - Publié dans : CRITIQUES : POLICIER THRILLER
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 10:32

Arthur C. Clarke - Les montagnes hallucinogènes (1940) Quatrième de couverture
Une expédition scientifique découvre sur le continent antarctique les ruines cyclopéennes d'une cité antédiluvienne, vestige d'une civilisation pré humaine disparue. Disparue ? Rien n'est moins sûr. Au cœur de ce labyrinthe méphitique gisent peut-être d'effroyables entités cosmiques prêtes à resurgir et à engloutir l'humanité sous un flot d'horreurs indicibles...
Cela ne vous rappelle rien ?... Les montagnes hallucinées, bien sûr ! Le chef-d'œuvre de H.P. Lovecraft qu'Arthur C. Clarke parodie avec jubilation et un humour tout britannique alors qu'il n'a que 22 ans. Publié à l'origine en 1940 dans l'un des premiers fanzines de science-fiction, ce prototype absolu du pastiche lovecraftien était demeuré inédit en français.
Mondialement célèbre pour l'adaptation cinématographique que fit Stanley Kubrick de son roman 2001 : L'odyssée de l'espace, Arthur C. Clarke est avec Isaac Asimov et Robert A. Heinlein l'une des figures marquantes de la science-fiction.

Petite nouvelle bien sympathique qui, si elle emprunte l'univers de H.P. Lovecraft, est aussi pleine d'humour. Cette parodie des Montagnes hallucinées est à consommer sans modération. A cela j'ajouterai que les notes de Philippe Gindre quant au travail de traduction sont très enrichissantes. Non seulement il explique les références et les étymologies qu'utilise Clarke lui-même, mais il approfondit encore en nous expliquant le choix de certaines plus que d'autres afin de rester fidèle à l'idée, souvent difficilement traduisible. Aussi, phonétique, métaphore, humour, ironie et Histoire sont autant d'éléments à prendre en compte.

Commander/Créer une alerte   Arthur C. Clarke Les montagnes hallucinogènes (At the montains of murkiness) (La Clef d'argent)

Mots-clés : entité, humour, Lovecraft, parodie

Par Soleil Vert - Herveline - Publié dans : CRITIQUES : SF FANTASTIQUE & FANTASY
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 10:18

Alain le Bussy - Jouvence (2007) Quatrième de couverture
Lors d'une banale mission de reconnaissance, l'astronef L'Explo II est détruit, ne laissant que trois survivants échoués sur un monde aride. Plutôt que de se morfondre dans l'attente d'improbables secours, ils se mettent sans grande conviction en quête d'une terre plus hospitalière. Leurs scaphandres - des prototypes, qui semblent doués d'une volonté propre - les maintiendront en vie et en activité contre tout espoir. Commence alors une douloureuse traversée du désert, à moins que ce ne soit le prélude à un retour aux sources...


Par bien des détails, cette novella nous renverra à l'extraordinaire nouvelle martienne Le village enchanté d'Alfred Van Vogt. Pour autant elle n'en est pas du tout une reprise, juste un hommage, un clin d'œil (?). Ici les survivants errent sans fin sur une planète désolée. Tournent-ils en rond ou finiront-ils par trouver une oasis salvatrice avant que leurs spatiandres ne soient plus en mesure de les maintenir en vie ? Et à quoi peut-on penser quand le seul but n'est qu'une longue marche sans fin ? Cette novella tient autant du récit de SF et de la robinsonnade que du récit psychologique et du voyage intérieur. En quelques pages Alain le Bussy aborde nombre de thèmes qui ne peuvent laisser indifférent.

Commander/Créer une alerte   Alain le Bussy Jouvence (Griffe d'encre)

Mots-clés : errance, différence, isolement, monde hostile, survie

Par Soleil Vert - Herveline - Publié dans : CRITIQUES : SF FANTASTIQUE & FANTASY
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