Harald Gilbers - Germania (2013)

Publié le par Herveline

Harald Gilbers - Germania (2013) (10/18 Grands Détectives)

Harald Gilbers - Germania (2013) (10/18 Grands Détectives)

Quatrième de couverture
Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l'ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d'exercer. Tiraillé entre son quotidien misérable dans une "maison juive" et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet.
Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l'élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n'est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble.

Coup de coeur ! Germania était le nom qu'Adolf Hitler voulait donner à Berlin dans le cadre de son projet fou de restructuration qu'il donna à réaliser à l'architecte Albert Speer et qui aurait fait de la ville la capitale emblématique du Reich. Mais en mai 1944, lorsque démarre l'histoire, le projet est plus qu'en suspend. Au contraire, la défaite pointant son nez, Berlin est bombardée à tout va par les Alliés et la ville n'est que ruines. C'est dans ce contexte qu'apparaît notre héros, Richard Oppenheimer, ancien commissaire de la Kripo. Juif, il a été destitué de ses fonctions, mais voilà que les nazis font appel à lui lorsqu'une femme est retrouvée cruellement mutilée devant un monument aux morts de la Première Guerre mondiale.
Rien d'étonnant à ce que ce roman ait reçu en Allemagne le Prix Friedrich Glauser du premier roman policier en 2014. Non seulement l'enquête est extrêmement bien ficelée mais elle s'intègre dans un décor historique passionnant, très bien documenté mêlant fiction et réalité. Au travers de l'enquête qui amène notre commissaire à parcourir les différents quartiers de Berlin, on a une double vision de cette Allemagne, celle du peuple en survie au milieu des gravats, et celle d'un régime qui continue à croire à la suprématie du Reich et qui se vautre dans l'illusion du faste et de la luxure.

Comme l'écrit Harald Gilbers en postface, son souhait était de donner au lecteur la possibilité de vivre l'instant présent sans anticiper l'Histoire, même si nous la connaissons. Pari totalement gagné ! Non seulement, on s'y croit mais on assiste aussi à un pendant de l'Histoire vu de l'intérieur par les allemands, ceux qui ne soutiennent pas les nazis, ceux qui dans l'ombre ont un oeil critique voire des velléités de résistance. Notre personnage n'a ainsi aucune idée de ce que l'avenir lui réserve. L'angoisse du lendemain mais l'espoir d'un prochain débarquement des Alliés font partie de son quotidien, ainsi que les bombardements et les rafles qui s'accélèrent dans cette période incertaine pour le Reich.
La psychologie (et n'oublions pas la place de la psychanalyse à cette époque) des personnages est aussi très fine. Oppenheimer, malgré son statut, ne manque pas d'ironie, de causticité. Il sait pour autant avoir la retenue adéquate quand nécessaire. Sa relation avec le SS Vöhler et le respect qui nait entre les deux hommes malgré leurs divergences évidentes sont amenés avec justesse même si la crainte et le scepticisme sont latents. Que dire aussi de sa fameuse amie Hilde, féministe, médecin et faiseuse d'anges, totalement anti-nazis, qui cache chez elle une discothèque d'oeuvres "illicites" ? C'est clair, j'adore ces personnages !
Quant au réalisme historique, outre ce que j'ai déjà évoqué, nous croiserons l'ombre du tueur en série Carl Großmann, nous découvrirons les manifestations de la Rosenstraße, les films à l'affiche dans les cinémas, le Lebensborn pour la pureté de la race aryenne, l'incontournable hôtel Adlon et le célèbre Salon Kitty, bordel huppé que les renseignements nazis avait infiltré.

A noter, qu'une deuxième enquête d'Oppenheimer est sortie en 2015 et qu'elle aussi a remporté un prix : Prix Historia du roman policier historique en 2016 pour Les fils d'Odin

Harald Gilbers
Germania (Germania)
(10/18 Grands Détectives)
9782264066480

Commenter cet article