Ryan David Jahn - Le dernier lendemain (2012)

Publié le par Herveline

Ryan David Jahn - Le dernier lendemain (2012)

Ryan David Jahn - Le dernier lendemain (2012)

Quatrième de couverture
Avril 1952, Los Angeles. Un garçon de treize ans abat son beau-père d'une balle dans la tempe. Il essaie de faire passer son geste pour le crime d'un tueur en série en gravant sur le front du cadavre un symbole inspiré d'une de ses BD favorites, mais la supercherie ne trompe pas longtemps la police. Une amie de sa mère, comme elle prostituée occasionnelle, fait chanter le procureur chargé de l'affaire pour qu'il innocente l'adolescent.
Elle ignore qu'elle enclenche un engrenage infernal. Eugene Dahl, le créateur de la BD incriminée, reçoit une lettre de menace. Suivant les instructions, il se rend dans une chambre d'hôtel. Ce qu'il y découvre va irrémédiablement changer sa vie. Des bas-fonds de Los Angeles à la mafia de la côte est, Ryan David Jahn signe son roman le plus ambitieux en mettant en scène dans ce thriller choral des personnages broyés.

Coup de coeur ! Encore une fois Ryan David Jahn en appelle au fait divers. Après De bons voisins qui traitait de l'"effet témoins" par le biais d'un fait réel survenu en 1964 et Emergency 911, une course- poursuite entre un flic et les responsables de l'enlèvement et de la séquestration de sa fille des années plus tôt, l'auteur américain nous interpelle encore avec cette histoire machiavélique. Il place sa trame au sein d'une période très sombre des Etats-Unis. Le maccarthysme fait rage, le racisme est à son apogée, le code Hays régit le tout Hollywood et si l'on considère que les années 50 correspondent à l'âge d'or du comics, c'est à ce moment aussi que la BD américaine a eu le plus de détracteurs. Sans oublier les toiles mafieuses qui s'étalent de la côte Est à la côte Ouest et qui vérolent presque tous les secteurs y compris culturels.
C'est dans ce décor (où plane le visage de l'acteur James Cagney et la musique noire de Lorenzo Füller et de Billie Hollyday, où l'on mâche des chewing-gums Wrigley's et où l'on boit de la bière Blatz) que va évoluer pas moins d'une dizaine de personnages de premier plan. Leurs destins vont s'enchevêtrer les uns aux autres dans ce roman choral ambitieux. L'effet papillon se met en branle dès qu'un gamin de treize ans, Sandy, appuie sur la gâchette d'un révolver de fortune fait maison et tue son beau-père. Dès lors tout s'enchaîne à une vitesse démente. Il n'a aucune idée de ce que va entraîner son geste.
Ryan David John écrit au plus près des personnages. Qu'ils soient flic camé, procureur vicieux, prostituée mère de famille, homme de mains, fille de mafieux ou simple dessinateur de comics reconverti en laitier, chacun et chacune vont devoir affronter son destin, sa pénitence, sa noirceur, voire sa rédemption et dans tous les cas lutter pour sa survie. Avec son écriture très visuelle, l'auteur nous transporte au sein des conflits, de l'action, des états d'âme. Les chapitres sont courts, acérés, pour ne jamais perdre de vue chacun de ses protagonistes. Le mode choral permet de revivre certaines situations du point de vue de chaque intéressé sans lasser mais en apportant ainsi une dimension psychologique et en mettant en évidence la complexité humaine.
Encore un coup de maître pour cet auteur que j'adore. Même si je n'ai pas encore lu son dernier roman traduit par manque de temps (La tendresse de l'assassin), ce troisième titre confirme un grand talent !

Ryan David Jahn
Le dernier lendemain (The last tomorrow)
(Babel Noir)
9782330072681

Commenter cet article