Harry Harrison - Soleil Vert (1966)

Publié le par Soleil Vert - Herveline

Harry Harrison - Soleil Vert (Make room ! make room !, 1966)

Harry Harrison - Soleil Vert (Make room ! make room !, 1966)

Quatrième de couverture
Tandis que l'humanité s'apprête à entrer clans le troisième millénaire, la surpopulation est devenue telle que les ressources naturelles ne suffisent plus à couvrir ses besoins. La nourriture et l'eau sont rationnées, il n'y a plus de pétrole, plus guère d'animaux. Trente-cinq millions de New-Yorkais, pour la plupart sans emploi ni logement, se battent pour survivre. Andy Rush a un travail, lui. Tous les jours, avec les autres policiers de sa brigade, il part disperser les émeutes de la faim qui se produisent lors de chaque nouvelle distribution de nourriture de synthèse.
Alors, qu'importe si un nabab aux activités louches s'est fait descendre ? S'il parvenait à attraper le meurtrier, Andy le remercierait presque pour services rendus...


Soleil Vert est à la fois un polar assez classique et une dystopie futuriste (contre-utopie). Autrement dit, ce roman, d'abord publié sous forme de nouvelle avant d'être remaniée par son auteur, nous décrit un avenir proche peu enviable. Dans un New-York où la croissance démographique a explosé, où la pollution a déréglé le climat et où les rouges tomates ont été remplacées par des crackers ou des steaks de soylent (composé nutritif à base d'algues), un flic mène une enquête sur la mort d'un mafieux.
La trame policière est très classique et, bien que très agréable à lire, manque totalement de relief. Il est évident qu'elle n'est qu'un prétexte, un procédé littéraire populaire pour aborder des sujets de fond bien plus graves. Ce n'est donc pas de ce côté qu'il faut chercher le succès du roman mais bien du côté de ses descriptions dystopiques : surpopulation, malnutrition, émeutes, rationnement, redistribution des logements, pollution. Il y a tout au long des réflexions, des répliques qui mériteraient toutes d'être reprises en raison de leur portée visionnaire.
Toutefois, si l'on connait bien l'adaptation qu'en a faite Richard Fleischer en 1973, on pourra être déçu de ne pas retrouver la chute dramatique que ce dernier avait donnée à l'oeuvre d'Harrison. Si l'on croise bien les "soylents verts", pour autant on reste sur l'idée qu'ils sont faits à base d'algue et non du recyclage d'individus. Une seule phrase du roman "nous avons déjà le contrôle des décès" implique une régulation non "naturelle" mais rien n'est développé. Il est donc vrai que si l'adaptation cinématographique reste plus ancrée dans le souvenir des gens, c'est qu'elle amenait le roman vers une apogée, une révélation terrible qu'Harrison, lui n'avait pas osé.
A contrario, le roman, par son style épuré, ne souffre pas, comme le film, d'un vieillissement générationnel. Effectivement, le film est très daté, et de nombreuses séquences paraissent très kitch, trop ancrées dans les années 70. Le roman est bien plus intemporel et c'est ce qui le rend plus fort et le lire en 2015, l'année de la COP21 a, je dois l'avouer, un côté prémonitoire, dérangeant, angoissant surtout quand on lit ce passage :
"...J'en veux aux politiciens pourris qui n'ont jamais osé poser le problème, par démagogie et par imprévoyance. C'est ainsi que les hommes ont pillé en un siècle des ressources qui ont pris des millions d'années pour se constituer, et personne n'a écouté ceux qui sonnaient l'alarme. C'est ainsi qu'il n'y a plus de pétrole, c'est ainsi qu'il n'y a plus de sols fertiles, c'est ainsi que les arbres sont morts, que les espèces animales se sont éteintes, que l'eau est devenue un poison. Et la seule récompense que nous en avons tirée, ce sont ces sept milliards d'hommes vivants une existence misérable. Alors, je dis que le temps est venu de faire les comptes."


Harry Harrison
Soleil Vert (Make room ! make room !, 1966)
(J'ai Lu - Nouveaux Millénaires)

9782290079409

Mots-clés : adapté au cinéma, dystopie, écologie, New-York, polar futuriste

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