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Frank Schätzing - Abysses (2004)

Frank Schätzing - Abysses (2004)

Quatrième de couverture
Sigur Johanson découvre une espèce prédatrice de vers surdimensionnés qui tapissent par millions les fonds marins norvégiens. Léon Anawak, expert en cétacés, enquête sur la disparition des baleines le long du cap de Vancouver. La nature est sur le point de se déchaîner contre ceux qui l'avilissent : le prix à payer sera-t-il la disparition de l'espèce humaine ?


Coup de coeur ! pour ce roman de 1200 pages (oui, oui, vous avez bien lu). Du jour au lendemain et au quatre coins du monde des anomalies marines, telles les sept plaies d'Egypte, se manifestent sur terre : des baleines détruisent des bateaux de pêche, des vers ébranlent les fonds marins de l'Europe du Nord provoquant un gigantesque tsunami, des crabes blancs aveugles débarquent sur les côtes ou encore des méduses très vénéneuses remontent des profondeurs et c'est sans compter le Gulf Stream qui s'arrête. Les spécialistes et l'armée se mettent à la tâche pour tenter de comprendre et d'enrailler ces phénomènes peut-être dus à une intelligence sous-marine ayant évoluée dans l'ombre en parallèle de l'humanité. Ce postulat science-fictif ne sera développé qu'en fin de roman.
Avant, vous aurez parcouru déjà 800 pages mêlant aventure et savoirs. Car Abysses est certainement un des plus grands manifestes écologiques littéraires ! L'auteur, clairement engagé et extrêmement bien documenté, enrichit son récit par le biais de ses protagonistes de réflexions et connaissances qui ne laissent aucunement indifférents. Qu'il s'agisse de la pollution marine, de la pêche intensive, de l'exploitation dévastatrice du pétrole en mer du Nord, du dérèglement climatique ou des expériences infâmes faites sur les dauphins par les armées ukrainienne et américaine, rien n'est laissé au hasard afin de nous faire prendre conscience du point de non-retour vers lequel l'humanité se dirige. Tous ces sujets ne sont évidemment pas dissociables de la politique et des enjeux économiques.
Avec un savoir-faire incroyable, l'auteur maintient un rythme effréné qui rend le lecteur captif à la fois de l'aventure et des infos qu'il recueille. Tantôt vue d'ensemble, tantôt zoom sur les individus, ce roman-catastrophe laisse une place importante aux nombreux protagonistes, à leur psychologie, à leurs théories ou leurs angoisses. Il passe allègrement de l'infiniment grand à l'infiniment petit, plaçant l'être humain devant l'immensité de son ignorance, ou sa fragilité devant le déchaînement de la nature. La scène de tsunami qui clôture la première partie du livre est terrifiante.
Au-delà des 800 pages, le récit, bien que toujours saupoudré d'action, devient un peu plus ardu. Les spécialistes désormais maintenus en vase clos doivent se pencher sur cette intelligence qui tapisse peut-être nos fonds marins. A l'image de La variété Andromède de Michael Crichton, le roman prend une tournure hard-science inséparable des questions philosophiques et éthiques qu'elle engendre. Même si vous ne faites que parcourir certains passages selon l'intérêt que vous portez à tel ou tel sujet, vous serez toujours rattrapés par l'action. Sans doute avec le message qu'il colporte, la seconde force de ce roman extraordinaire.
Enfin, et parce que le roman a été écrit peu après les évènements du 11 septembre, l'auteur n'hésite pas à dénoncer (caricaturer) le patriotisme exacerbé par les attentats des américains et qui, plus que l'armée, n'en n'est la représentation idéale. Mais plus que du patriotisme, c'est l'absolue conviction qu'ont les Etats-Unis, d'être les seuls, toujours, à pouvoir sauver l'humanité. Alors, même si c'est à renfort de clichés, Frank Schätzing prend à contre-pied ce leitmotiv persistant.
Et pour finir, le romancier n'aurait pu évoquer tous les grands courants de pensées et de réflexions et la course au profit qui régissent les actes des humains,sans évoquer la religion en trouvant les bons mots et les bons arguments pour donner une perspective nouvelle à nos croyances.
Durant tout le récit, de nombreuses références cinématographiques sont évoquées. D'Abyss à Deep Impact, en passant par Contact et Les dents de la mer, ce sont autant d'oeuvres fictives qui sont par le biais du roman de Schätzing rattrapées par la réalité. Un moyen aussi de revoir sa culture film-catastrophe ou SF. La place de la littérature par contre est quasi inexistante. Je note donc ici trois titres qui me sont venu, à moi, à l'esprit. Outre La variété Andromède déjà cité, on peut aussi lire le roman de Robert Merle, Un animal doué de raison qui traite de l'utilisation des dauphins dans l'armée. Et puisque la dame est d'actualité, l'essai de l'altermondialiste Naomi Klein : Capitalisme et dérèglement climatique (Actes Sud) révèlera sans doute de nombreux sujets communs.

Frank Schätzing
Abysses (Der Schwarm)
(Points Seuil)
9782757813317

Mots-clés : animaux, armée, catastrophe, climat, écologie, économique, fin de l'humanité, hard-science, maritime, politique

Vous aurez du mal à trouver des articles conséquents sur les maltraitances faites aux dauphins par l'armée ukrainienne. Cette vidéo (en anglais) montre de nombreuses images que l'auteur décrit dans le roman. L'horreur !

Tag(s) : #AVENTURE, #SCIENCE-FICTION, #USA, #HARD-SCIENCE, #MARITIME-FLUVIAL, #POLITIQUE, #ANIMAUX, #ÉCOLOGIE, #NORVÈGE, #FIN DE L'HUMANITÉ, #SCHÄTZING

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