Dimanche 24 janvier 2010
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Quatrième de couverture : Abattoir 5 retrace l’histoire de Billy
Pélerin (double quasi autobiographique de Kurt Vonnegut), né à Ilium en 1922, fils unique du coiffeur de la petite ville. Appelé sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale (comme
assistant d’aumonier militaire...), il est capturé par les allemands et fait prisonnier dans un camp à Dresde. Démobilisé en 1945, il devient opticien, passe une petite dépression nerveuse dans
un hôpital militaire, puis se marie, a bientôt deux enfants et fait fortune. De retour d’un congrès d’opticiens il est victime d’un accident d’avion, tous les passagers périssent sauf lui.
Pendant qu’il est à la clinique, sa femme meurt. Il ne reprend pas son activité en sortant de l’hôpital mais va tout droit à New York. Là, il participe à une émission de radio où il révèle avoir
été enlevé par une soucoupe volante en 1967 et amené de force sur la planète Tralfamadore. Objet de spectacle, montré nu dans un zoo, les trafalmadoriens le feront s’accoupler avec une terrienne,
ancienne actrice de cinéma, elle-même kidnapée, avant de le relâcher. De retour sur terre, il comprend que les années qu’il a passé sur Trafalmadore n’ont été chez lui que quelques secondes. Bien
sûr, Billy ayant atteint l’âge de quatre-vingt six ans, tout le monde est persuadé qu’il a définitivement perdu le sens des réalités et que la sénilité avance à grands pas. Mais Billy insiste
pour remonter dans le passé et raconter son histoire, notamment sa vie de soldat et, ce faisant, il ne va plus cesser alors d’effectuer des sauts dans le temps, évoluant et vieillissant, ou
régressant vers son enfance.
Ce sont ces différents épisodes, et principalement celui de la seconde guerre, de l’emprisonnement et du
bombardement de Dresde qui font la trame quelque peu décousue, ironique et pleine d’humour de ce roman étonnant où les saynètes se multiplient et s’enchevêtrent. Dans ce livre, Kurt Vonnegut
utilise les méthodes de la Science-fiction pour permettre les continuels flash-back du personnage, mais aussi pour ouvrir une faille, une sorte de décalage narratif dans le récit principal,
sous-titrés « La croisade des enfants », et qui est peut-être avant tout une formidable dénonciation des tueries organisées par les hommes, et le plus souvent par des appelés de dix-huit ans à
peine... Un des plus étonnants chefs-d’œuvre de la littérature de guerre américaine. Vonnegut emprunte la liberté de mettre en scène des épisodes merveilleux (proches de la Science-fiction) qui
viennent contrebalancer l’errance misérable d’un « brave soldat » yankee, que le vent imbécile des tueries modernes ratatine de froid et de peur au fond d’un abattoir de Dresde, sous une pluie de
bombes...
Ce roman fut très clairement inspiré par l’horreur de la guerre et l’auteur y prend mille précautions avec le lecteur. Comme pour épargner nos âmes sensibles, il glisse dans le récit,
entrecoupés des descriptions les plus horribles, des éléments de science-fiction, d’humour, de réalité banale (quoi de plus banal qu’un congrès d’opticiens ?) et une certaine forme de détachement
dans la narration. La mort habite chaque page, et comme pour nous rassurer, Kurt Vonnegut, dans une sorte de refrain, ponctue chaque épisode mortel d’un « c’est la vie ». A côté
de cela, il y a les improbables descriptions de la vie sur Tralfamadore, où il côtoie des créatures qui ont fait de lui un objet de recherches, et on ne peut s’empêcher de sourire à
l’évocation de sa codétenue, une star nommée « Montana Patachon » ! Les sauts dans le temps sont assez imprévisibles au fil des pages et c’est au moment où l’on sent que quelque chose de
monstrueux va se produire en Allemagne, au cœur de la guerre, que notre héros s’échappe soit sur sa planète à l’autre bout de l’univers, soit dans son enfance, ou bien encore dans son magasin
d’optique. On sent bien que Kurt Vonnegut, qui se cache à peine derrière son héros du roman, Billy Pelerin, voudrait parler, raconter, mais qu’il retarde le moment douloureux de
revivre cet enfer, le bombardement de Dresde, point d’orgue de la guerre pour ces prisonniers de l’abattoir 5. Du coup, il nous ramène en arrière, nous fait prendre des itinéraires bis, mais avec
au bout une destination inéluctable et un destin auquel Billy ne peut pas échapper, malgré sa capacité à faire des bonds dans le temps.
Ce livre assez « inclassable » est marquant, aussi bien par son style, que sa structure, et parce qu’il s’appuie sur
des événements hélas réels.
Kurt Vonnegut Abattoir 5 ou la
croisade des enfants (Slaughterhouse 5 or The Children's Crusade) (Points)
Mots-clés : bombardement, Dresde, guerre, voyage dans le temps
Notre avis : 4,5/5
L'AVIS DES LECTEURS